mercredi 14 février 2018

chansons d'amour...et râteaux à la russe.

14 février.
Ceux qui me suivent régulièrement le savent, j'ai une dent contre la saint Baratin et son cortège de décos roses de mauvais goût, et le principe de "devoir" dire à son ou sa chérie, une fois par an, qu'il ou elle compte pour vous.
Donc j'aime bien fêter ça de manière paradoxale: en parlant de choses disons... moins meugnonnes.

Cette année ce sera un billet spécial "râteaux". Plantages, vents, bides, fins de non-recevoir, appelez-ça comme vous voulez.
Oui, ce moment douloureux qu'on a toutes et tous vécu au moins une fois dans notre vie.
Et c'est plus drôle quand ça arrive à un personnage fictif qu'à soi-même, on est bien d'accord.



Et comme c'est encore l'hiver russe, je vous propose donc une doublette de râteaux en russe et en musique.

Et non ce ne sont pas des chansons folkloriques, je ne vais donc pas vous parler de Katioucha qui attend sans fin son bien aimé parti à la guerre, ou envoyer les violons et les guitares de la musique tzigane pour célébrer les yeux noirs d'une ou d'un inconnu.

Pourtant, c'était loin d'être gagné puisque les deux ont été composées par Tchaïkovksy, compositeur qui a souvent le don de me gonfler ( pour les musiques de ballets, je précise, ses opéras et compositions symphoniques sont un peu plus à mon goût). Mais pour une fois, on évite miraculeusement de sombrer dans le tartignolle, au moins pour les deux airs qui vont suivre.

Donc deux extraits d'opéras qui ont en commun d'être inspirés d'oeuvres de Pouchkine:

Eugène Oneguine à ma gauche, La Dame de Pique à ma droite.

Parce que dans les deux cas, le chanteur arrive alors qu'on ne l'a (quasiment pas) encore vu, ou juste une fois, chante le meilleur air de toute la pièce, et en gros revient juste à la fin pour saluer et être acclamé comme il se doit.
Parce qu'il y a des similitudes entre les deux personnages qui sont un peu le miroir l'un de l'autre.
Et que dans les deux cas, à la fin, quelqu'un va se prendre un râteau magistral, directement ou indirectement.

Parce que vous savez maintenant à quel point j'aime, j'adule, je vénère les voix graves.
Messieurs, Я Вас люблю!
Et, ça tombe bien, c'est justement le titre d'un des deux airs. Oui, même pas peur, je VOUS aime (c'est, en russe comme en français, soit adressé quelqu'un qu'on vouvoie, soit un pluriel)
Et dans ma tête, c'est du pluriel, parce que j'assume, entre les basses et les barytons, mon coeur d'artichaut musical balance.

Donc air n°1, le râteau bien mérité ( ou le râteau-boomerang, comme vous voulez)

Extrait d'Eugène Oneguine. Air de Gremine

Je n'ai pas encore parlé en détail du texte d'origine, j'y reviendrais à l'occasion mais même si j'aime bien, je dois d'emblée dire que, j'ai beau retourner la chose, je trouve Eugène con comme un panier.
Si, si, je vous l'assure. A un moment, donc, il reçoit une lettre d'amour d'une femme nommée Tatiana ( qu'il a quand même bien embobinée avant, soyons clairs) et l'envoie bouler sur le thème " tu es trop bien pour moi"
Les gars, sachez que cette seule phrase prouve que, oui, vous êtes de gros crétins, et qu'en effet, nous sommes trop bien pour vous!
Mais avant d'en convenir, elle nous donne juste envie de vous mettre aussi un râteau. En pleine tronche et les dents en avant. Juste pour extérioriser la colère. C'est bon pour nos nerfs.


Donc plantage mémorable pour Tatiana, je compatis, mais au moins elle a tenté sa chance contrairement à la plupart de ses consoeurs littéraires qui attendent sagement qu'on les repère dans la foule.

Mais Eugène se dit, avec plusieurs années de décalage horaire, que peut-être finalement, il a fait une erreur et que, non, Tatiana n'était pas trop bien pour lui.
Sauf que lorsqu'il revient, Tatiana s'est mariée au comte Gremine, très bon parti qui l'adore (hé oui, mon p'tit Eugène, elle n'a pas attendu plusieurs années que tu changes d'avis après le vent d'anthologie que tu lui as mis)

Et donc Gremine en rajoute involontairement une bonne louche avec une chanson où il explique à quel point il aime sa femme, qu'elle est exceptionnelle, qu'il ne pourrait pas se passer d'elle etc... ( et donc, forcément, ce sera une basse, puisque le personnage est plus âgé que sa femme, et en plus militaire de carrière, deux catégories qui appellent une voix de basse)

Et je prends cette occasion pour évoquer des chanteurs plus anciens que précédemment. Voici donc Boris Shtokolov, basse des années 70, peu connu à l'Ouest (pour évidemment, de stupides politiques de rideau de fer, qui ont limité les tournées des chanteurs et musiciens côté occidental...). Nul besoin de vous dire à quel point mes oreilles sont conquises.


Et donc, après Eugène qui l'a bien cherché, la suite prouve que même le roi de coeur peut faire une mauvaise pioche - métaphore tout à fait voulue, on va parler de cartes.

Air n° 2 le râteau immérité ( alias " En amour comme aux cartes, si tu n'as pas un bon partenaire.. " je vous laisse compléter la suite, et oui, j'ai osé...)

Air de Yeletzky, la Dame de Pique. J'avais parlé de la nouvelle, sans vraiment donner de détails.

Donc, pour commencer nous avons Hermann. Soyons honnêtes, même Eugène paraît sympa à côté: Eugène était un boulet, Hermann est un hypocrite, manipulateur ET joueur invétéré. Oui. Tout ça à la fois. Ce qu'on appelle un sale type pour rester polie. En général, c'est d'autres mots plus fleuris que j'utilise pour ce genre de gens.

Un de ses camarades de beuveries et de jeux d'argent lui raconte que sa vieille grand-mère est richissime car elle a en fait passé sa vie à tricher aux cartes, qu'elle a une combine infaillible pour ça, mais qu'il n'a jamais réussi à la lui faire avouer.
Hermann décide donc d'aller forcer mamie à lui donner ladite combine.
Oui mais pour ça, il faut entrer chez elle, donc plan: séduire Liza, la dame de compagnie de la grand-mère, suffisamment pour qu'elle le laisse entrer chez elles, et essayer de menacer mère-grand pour la faire avouer (manipuler la jeune pour arnaquer la vieille, quel homme charmant n'est-il pas?)
Et voila pour la nouvelle. C'est à peu près tout, même si une histoire de fantôme s'y ajoutera à la fin.

Mais alors le fameux Yeletzky dans tout ça? Hé bien il n'existe pas chez Pouchkine.

C'est un ajout, spécialement pour la version scénique, qui d'ailleurs prend pas mal de libertés avec la nouvelle d'origine.
D'abord parce qu'une nouvelle à 4 personnages c'est court, qu'il fallait donc déployer, broder, ajouter des ballets et tout le toutim. Et la nouvelle manquait d'un contrepoint positif face à ce pourri d'Hermann.
Qui je l'avoue est quand même beaucoup adouci sur scène, cette fois c'est surtout un pauvre type qui cherche de l'argent pour pouvoir courtiser une jolie inconnue vue au parc.. qui n'est autre que Liza. Et Liza devient au passage la petit fille de la comtesse, ouf, l'honneur et la position sociale sont saufs.
Le compteur de clichés par contre est en train de s'affoler sur le coup de " je l'ai vue, elle me plaît, je suis amoureux, je n'ai pas échangé un mot avec elle, mais si elle se marie avec un autre, j'me fous à l'eau de dépit!"

Mais il reste toujours le paramètre: dévaliser la vieille pour courtiser la jeune. C'est.. euh.. un peu moins salaud? Enfin je crois? Mmmm, malgré tout à quel moment tu arrives à la conclusion que tenter de soutier de l'argent à la grand-mère d'une femme te ferai gagner des points avec elle?

Et c'est là qu'arrive Monsieur Yeletzky, en guise de fiancé officiel de Liza.
Mais, et c'est là que ça devient drôle: les deux Tchaïkovsky ( Piotr à la musique, son frère Modest au livret) ont trollé leur monde avec ce nouveau personnage, qui sert surtout à démontrer que Liza est vraiment naïve/ cruche/ peu douée pour faire les bons choix.

Il est noble, il est (très) riche, il est aimable, il est sincère, il est moderne - si si, même en prenant les critères du XXI°siècle - puis qu'il explique à Liza qu'il l'aime sincèrement, qu'il espère gagner réellement son affection, mais qu'avant tout il souhaiterait qu'elle l'estime comme un ami et comme quelqu'un à qui elle peut raconter ses soucis en toute confiance, qu'il n'est pas jaloux et qu'il veut qu'elle se sente libre de ses choix, qu'il les respectera, etc etc...

Arrêtez tout! On tient l'homme idéal, les filles...
A ce tarif là, on ne regarde même pas, il peut être chauve et borgne, ça se réfléchit.
Oui, même moi, pure et dure célibataire, je pourrais me laisser convaincre, c'est dire :D 

Mais non, Liza lui met un vent magistral, vu qu'elle n'a d'yeux que pour le manipulateur.

SPOILER que tout le monde voit venir de loin: c'est un mauvais choix.

Re-SPOILER: malheureux en amour, heureux au jeu. Le type bien sorti de nulle part va au moins gagner aux cartes face au p'tit con. Ca fait plaisir.

D'autant que les frangins Tchaïkovsky y mettent le paquet: déclaration d'amour splendide et sans en faire trop, probablement le meilleur air de toute la composition, qui doit être chanté avec toute la douceur et l'affection possibles, etc... pour zéro effet sur l'action de la pièce.
Par un personnage qui n'existe pas à l'origine.
A ce niveau, c'est presque un gag.

Mais merci, grâce à vous, les barytons ont un air magnifique à chanter. Pour le plus grand plaisir de mes oreilles.

(et cette fois, c'est Pavel Lisitsian que j'ai sélectionné, contemporain du précédent  et lui aussi peu connu à l'ouest, puisqu'il n'a pas quitté L'URSS pour la même raison que son compatriote. Magnifique diction au passage, même si je trouve le tempo un peu trop rapide)

Donc je trouvais que les deux situations se répondent pas mal:
Dans la première c'est Eugène-le-crétin qui loupe le coche, et doit s'avouer vaincu face au type sympa qui a saisi sa chance.
Dans la seconde, c'est Liza qui loupe le coche et plante là le type sympa pour le p'tit con.
Et dans les deux cas, c'est le baryton qui est envoyé sur les roses, et comme il n'y a pas des masses de chanteurs en mesure d'assurer ces rôles là, c'est donc souvent le même qui va se prendre les deux râteaux scénaristiques - Eugène et Yeletzky -  par le même compositeur, saison après saison. Oui, c'est vachard, mais ça me fait sourire.

Ou comment détourner une fois de plus la non-fête, pour parler de musique, tout en collant à la thématique de l'hiver russe et en parlant de chanteurs peu connus. Méga combo!

samedi 3 février 2018

Le manteau & le nez - Nikolaï Gogol

Mmm hiver russe.. et défi lecture de classiques ( et même relecture dans ce cas là).. oui, c'est facile, je fouille le net et les e books gratuits.

J'avais lu ces nouvelles de temps de la fac,si ma mémoire est bonne, donc ça fait plus de 15 ans. Et à part le côté absurde et la charge contre la bureaucratie je ne m'en souvenais pas vraiment.

Et c'est avec un vif plaisir que j'ai redécouvert ces histoires grotesques, qui utilisent un ressort fantastique pour mieux se moquer de la bureaucratie russe du XIX° siècle ( et d'expérience, je peux vous dire que la bureaucratie française du XXI° siècle n'est guère plus logique, j'ai l'impression d'être au quotidien employée dans un roman de Kafka ou donc , une nouvelle de Gogol).
Avec cerise sur le gâteau, un humour volontiers noir et grinçant qui est totalement mon truc.




Le manteau: Où l'on découvre Akaki Akakievitch ( approximativement Acacia fils d'Acacia, l'explication sur son nom peu courant nous est donnée, histoire de bien nous faire comprendre qu'Akaki est marqué par la malchance dès le jour de sa naissance ) fonctionnaire terne de Saint Petersbourg, donc le train-train quotidien va être bouleversé par un manteau neuf.
Le brave Akaki est un quinquagénaire routinier, ne vit que pour son travail pourtant fastidieux de copiste dans une administration. Il est régulièrement la cible des moqueries de ses collègues, en particulier parce qu'il traîne depuis des années au manteau ridiculement usé. Jusqu'au jour où, l'hiver approchant,il se rend enfin compte qu'il va falloir investir dans un manteau neuf. Pour lequel il économise sou après sou.
Et le manteau lui est volé le jour même de l'achat.

Akaki désespéré va donc passer au dessus de sa réserve et de sa timidité naturelles pour la première fois de sa vie, et essayer, lui le petit fonctionnaire, de mettre en branle l'administration pour faire enregistrer sa plainte et essayer de faire valoir ses droits. Mas ça n'est pas parce qu'on travaille pour l'administration qu'on y arrive plus facilement que le commun des mortels. Il y a toute une hiérarchie à faire bouger, chaque échelon étant seulement préoccupé ... d'en faire le moins possible.
Il mourra de froid avant que que ce soit ne se passe ( quand je vous parlais d'humour noir)..mais l'histoire n'est pas finie pour autant. Car son fantôme revient hanter les lieux du vol, pour dépouiller à son tour les passants de leurs manteaux.
j'ai adoré cette histoire, finalement bien triste, mais racontée avec une verve irrésistible qui charge à fond les rouages de l'administration et la paresse de ceux qu'on appelle maintenant les cadres. Akaki est un des rares personnages nommés, et le seul qualifié réellement d'"être humain". Bien qu'un peu ridicule il est le seul pour qui l'auteur a une certaine sympathie. Ceux qui ont un nom sont secondaires, et ceux qui sont caractérisés.. n'ont pas de nom ( le jeune employé" qui prend Akaki en sympathie se rendant compte que se moquer gratuitement de quelqu'un a pas de sens ne réapparaît pas et n'a pas de nom, le "haut fonctionnaire" lui a bon fond malgré son autoritarisme et ses colères  et dont "le seul défaut est de ne pas laisser paraitre ses qualités, par orgueil" n'a pas de nom non plus)

Totalement noir, totalement cynique, on est bien dans un registre voisin de celui de Kafka.

Le nez: alors là, on oublie l'humour noir pour aller vers l'absurde et l'incongru. mais toujours en se moquant de l'administration.
Tout commence lorsque, fin mars, un barbier trouve dans son pain ( pourtant fraîchement cuit le jour même par sa femme).. un nez. Et pas n'importe quel nez, le nez d'un de ses clients. Se demandant s'il ne 'aurait pas coupé par accident, et pour éviter les ennuis,, il décide de s'en débarrasser en le jetant à la rivière.
Le même jour, Platon Kovaliov, le client en question, se réveille a sa grande surprise sans son nez.
Oui le nez de l'assesseur de collège ( mais il se fait appeler "le major", c'est plus ronflant) semble avoir décidé de se faire la malle en s'affranchissant de son propriétaire.
Mais le problème principal de Kovaliov, homme assez vain et orgueilleux et dandy très attaché au paraître, c'est qu'on ne peut pas se présenter dignement en société sans son nez. Comment peut on décemment aller à la soirée mondaine de la comtesse X ou au salon de madame Y et courtiser les jolies femmes lorsqu'on a un défaut qui se voit autant que le nez ( ou l'absence de nez) au milieu de la figure.
Pendant ce temps là, le nez en question voyage, et fait sa vie, se faisant passer.. pour un haut fonctionnaire.
Et personne ne semble trouver le fait incongru ( pas le même type de fantastique selon les définitions de Tsvetan Todorov)*
Et Gogol lui même reconnaît l'absurdité de la chose en proclamant ne pas comprendre comment des auteurs peuvent avoir des idées pareilles et les publier.

J'ai légèrement préféré le Manteau, tout simplement parce que j'ai un goût pour ce qui est noir et grinçant, par rapport à ce qui est simplement absurde, mais les deux se lisent bien, rapidement et avec plaisir. Mais voilà,pour moi le Nez n'atteint pas le niveau de cynisme du manteau.
Le nez date de 1836, le manteau de 1843, donc il y a peut être une évolution de l'auteur vers plus de noirceur et de cynisme. A vérifier, mais je n'en ai pas fini avec Gogol ( j'avais bien aimé une version raccourcie - pour le festival off - du Revizor il y a quelques années, donc, je lirais la pièce en entier à l'occasion)


* en voulant vérifier sa nationalité, je viens de voir que Todorov est mort le 7 février  2017, et que je ne le savais absolument pas. Je vous conseille son essai " introduction à la littérature fantastique", l'ouvrage de base pour qui s'intéresse au fantastique et à l'imaginaire

dimanche 28 janvier 2018

Groenland-Manhattan - Chloé Cruchaudet

Hop, seconde BD pour le challenge Cold Winter et pour le challenge BD.

Celle -là aussi, je l'ai exhumée de mes étagères en trouvant qu'elle collait bien au défi du froid.



Il s'agit en fait d'un roman graphique basé sur les voyages de l'explorateur américain Robert Peary, au début du XX° siècle, et plus précisément, de la triste histoire de l'inuit Minik et de sa familles, ramenés comme "souvenirs vivants", visibles pour 5 cents la visite sur le bateau, étudiés par le muséum d'histoire naturelle comme des bêtes curieuses.
Tous vont rapidement mourir de maladie, sauf Minik, encore jeune, qui va être adopté par le directeur du musée, apprendre l'anglais, être scolarisé, et "civilisé" selon la conception colonialiste de l'époque.
Jusqu'au jour où il découvre une sinistre réalité: sa famille n'a pas été enterrée à la méthode inuit,comme on le lui avait fait croire lors d'un simulacre d'obsèques, mais les cadavres ont été dépecés et les squelettes exposés au musée.
Minik n'a alors plus qu'une idée en tête, rentrer au pays et réclamer le retour de sa famille. Pendant que Peary se désintéresse totalement de la question,seulement préoccupé de sa prochaine expédition.
Sauf qu'après plus de 15 ans passés aux Etats-Unis, l'inuit n'est plus vraiment inuit. Ni américain, dans un contexte de ségrégation raciale marquée ( et l'aide de camp noir de Peary, Matthew Henson, lui non plus, n'aura jamais le crédit qu'il aurait du avoir dans l'aventure). Perpétuellement entre deux identités, et plus vraiment chez lui nulle part.
N'intéressant plus personne lorsqu'il revient aux USA en 1917, d'ailleurs les conférence de Peary ne font pas plus recette, le monde a maintenant un autre problème que le sort d'un explorateur autrefois célèbre et d'un inuit vagabond à moitié oublié.
Une postface à la BD nous informe d'ailleurs que ce n'est qu'en 1993, soit plus de 90 ans après les faits, que les squelettes seront rendus aux inuits.


Lorsque j'avais acheté cette BD, j'avais pu pour une fois être présente lors de la dédicace, j'en avais d'ailleurs acheté et fait dédicacer aussi un exemplaire pour une copine dont l'anniversaire approchait.
Et grosse surprise , j'avais totalement oublié ce fait, qui m'est donc revenu, je m'étais trompée en emballant le cadeau,et j'ai donc maintenant l'exemplaire dédicacé " pour Christine", alors que Christine a celui à mon nom. Je lui avais proposé à l'époque de refaire l'échange , mais ça ne l'avait pas dérangée.
Etonnamment, deux BD sur le même thème avaient paru cette année là ( 2008), celle-ci et une autre simplement intitulée " Minik". Je n'ai jamais eu l'occasion de la lire, j'aimerais bien comparer les deux approches.
Chloé Cruchaudet s'est depuis faite connaître avec Mauvais Genre, joli succès éditorial primé.
On trouvait déjà dans Groenland le style graphique épuré, esquissé de Mauvais Genre, qui marche ici particulièrement bien car il rappelle l'art inuit, ce même art inuit que Peary déclare "inexistant" lors de ses conférences.
Catégorie 37: historique
Evidemment, ça n'est pas la lecture la plus joyeuse possible, mais un one shot que j'ai apprécié de relire 10 ans plus tard.

dimanche 21 janvier 2018

le point challenges en général

Et voilà pour l'ensemble des défis lectures,parce que sinon, je perds vite le fil.
Là aussi, je mettrais à jour en fonction des annonces de mois thématiques quand elles arriveront.

Jusqu'à fin janvier: Challenge Cold Winter ( via Facebook)  ok!
jusqu'à fin février: hiver russe
Mars: mois des défis, je ne sais pas vraiment comment je vais m'en sortir
- le mois des contes et légendes ( via facebook)
- Le mois Belge
- Le mois japonais
- British mysteries ( ouf, il est aussi annuel, ça sera plus simple!)
Juin: mois anglais, il n'est pas encore annoncé, mais il revient tous les ans
15 juillet-15 aout: depuis 3 ans, je mets à l'honneur le fantastique asiatique, on recommence?
Octobre: un mois d'octobre dans thématique Halloween, ça n'existe pas! Le fantômes seront en vedette cette année, après les sorcières en 2017.

annuels:
- Amerique du sud ( je l'ai découvert trop tard l'an dernier et donc je n'ai pas beaucoup participé!)
- je lis des classiques
- un max de BD


En théorie, le challenge hivernal devrait être décliné en version 4 saisons, mais je ne dais pas encore si je participerai aux suivantes, j'ai du mal à avoir une visibilité de mon planning ( comme disent mes employeurs!) au delà de 3 mois. Trop de choses à mettre en place ce premier semestre.
Je ne sais pas encore si le mois japonais ( en mars, au secours) et italien ( avril ou mai?) vont être reconduits, et si dans ce cas j'y prendrais part pour les mêmes raisons.

challenge "je (re)lis des classiques"

Hé oui en ce début d'année, c'est aussi le moment de faire le tour des nouveaux challenges et de choisir ceux auxquels on a envie de participer.
Donc en plus de la BD, on va s'attaquer à  des classiques cette année.
Et là aussi, je ne prends pas trop de risques , vu que c'est surtout ce que je lis en général.
Donc pour les modalités, c'est ici.

Avec, l'avantage non négligeable de pouvoir intégrer les adaptations en film, pièce, BD...
Il y a quelques thèmes possibles mais non obligatoires, certains assez originaux comme les romans " industriels" ( ça c'est bien la première fois que je le vois mis en avant dans un défi lecture!) d'autres plus ...classiques ( amour, histoire, aventure...)
Pas encore de programme défini, je mettrais à jour ce sujet au fur et à mesure, même si j'ai déjà une lecture en cours pour le challenge Cold Winter qui va naturellement prendre place ici ( Pays de Neige de Kawabata)
Quelques idées cependant, toujours en multichallenge, l'hiver Russe continue jusqu'au 1°mars, donc je risque fort d'ajouter prochainement un auteur russe à mon tableau de chasse livresque.

1 - Pays de neige- Kawabata Yasunari (Catégorie " l'amour à la page" - publié en 1945)
2- Le manteau & le Nez - Nikolaï Gogol (Catégorie les classiques c'est fantastique. 1843 et 1836 respectivement)

mercredi 17 janvier 2018

challenge " un max de BD"

ha, en voilà un que je devrais pouvoir arriver à survoler sans trop de difficultés.
Les modalités sont ici, avec plein de catégories bonus.


Je pars sur 10 lectures, la plus petite catégorie, quitte à monter en cours d'année, mais je vais jouer la sécurité!

Je sais déjà que je ne remplirais pas certaines catégories ( la 43 par exemple, ça ne m'est jamais arrivé)

Lire une BD :

  1. Où il pleut
  2. Avec des animaux qui parlent
  3. En couleur
  4. En noir et blanc + une couleur (ou un ton de couleur)
  5. Avec des personnages LGBTQ+
  6. Qu’une connaissance a adoré
  7. Qui a (eu) mauvaise presse
  8. Où on ignore le genre d’un des personnages
  9. Dont le scénariste et le dessinateur sont de deux nationalités différentes
  10. Fantastique
  11. De science-fiction
  12. Explicative/documentaire
  13. Dont on possède un objet dérivé
  14. Adapté d’une autre œuvre (film, peinture, roman, etc)
  15. Qui parle de fantômes
  16. De sorcières
  17. De vampires
  18. Qu’on a reçu en cadeau
  19. Dont la couverture est majoritairement verte
  20. Loué à la bibliothèque
  21. Emprunté (mais pas à la bibliothèque)
  22. Dans une autre langue que le français
  23. Auto-éditée
  24. Qui demande une interaction autre que la lecture (énigmes, BD dont vous êtes le héros, etc.)
  25. Dévorée d’une traite
  26. Qu’on a mis plus de trois jours à finir
  27. Avec des héros enfants (- de 12 ans)
  28. Sans texte
  29. Au contenu adulte
  30. Qui aborde le handicap
  31. Qu’une connaissance n’a pas aimé du tout
  32. Qu’on a acheté/loué après la lecture d’une critique sur un blog (et ce serait bien d’indiquer lequel)
  33. Qu’on voulait lire depuis très longtemps (plus de 2 ans)
  34. Sortie depuis moins d’un mois
  35. Adaptée d'un blog
  36. Éditée grâce à un crowdfunding
  37. Historique (même si des libertés ont été prises avec l’Histoire)
    Groenland Manhattan - Chloé Cruchaudet
  38. Achetée lors d’un salon
  39. Dont on a rencontré l’auteur
  40. Un one-shot
  41. Qui est la première BD de l’auteur
  42. Qu’on aimerait faire lire au monde entier
  43. Qui nous a fait pleurer
  44. Qui nous a déçus
  45. Qui aborde bien une cause importante à nos yeux (féminisme, antispécisme, handicap, homophobie, racisme, que sais-je d’autre…)
  46. Qui a été éditée avant notre naissance (ça va être plus simple pour certain.e.s que pour d’autres)
  47. Choisie au pif
  48. Sélectionnée par son libraire (merci feue la boutique l'analphabète, qui me manque depuis plus de 10 ans)
    Le bal des chimères ( F. Lacaf et N.Moriquand)
  49. Le dernier tome d’une série
  50. Au contenu scientifique
Par contre désolée Kobaïtchi, mais je lourde de mon côté l'écriture inclusive que je trouve très compliquée à lire.
Peut être ma formation de base de prof de français pour étrangers, mais je ne supporte pas ce qui me rendrait l'apprentissage trop compliqué dans une autre langue, donc j'en reste à la grammaire et à l'orthographe normées.
Sinon, le jour où je devrais donner un cours, ça serait vraiment trop le souk. Et puis bon, toutes les langues ont leurs bizarreries, si ça n'est pas sur le genre des mots, ça sera autre chose ( oui, c'est à vous que je pense, verbes de mouvement en russe, adjectifs passés ou négatifs en japonais...)

dimanche 14 janvier 2018

Le bal des chimères ( BD 2 tomes) F. Lacaf et N.Moriquand

Dans le cadre du Cold Winter Challenge, j'avais initialement prévu une relecture d'un Roi sans divertissement de Giono, mais , force est de constater qu'une fois de plus le temps me fait défaut.

Mais soudain je me suis rappelé que j'avais cette BD en 2 tomes achetée et lue à sa sortie en 2005, mais pas relue depuis. Et qui est une référence assez arqué au livre de Giono.

C'est un peu la petite pépite de ma bibliothèque, pas tant pour l'édition elle même que pour les dédicaces qui y figurent.

A l'époque je fréquentait un magasin de BD qui organisait des dédicaces le samedi, le diptyque me plaisait bien, mais je travaillais tous les samedis. Ni une ni deux, le proprio me les avait gardés, alors que normalement il fallait venir pour avoir la dédicace, mais il avait été adorable de me proposer ça.
Je m'attendais à une petite signature, et j'ai eu en fait une superbe aquarelle du dessinateur et un mot de la scénariste sur chaque tome!
Apparemment , en cherchant sur le net, je trouve pas mal de photos de dédicaces du même genre, toujours légèrement différentes.. j'adore!

Donc venons en au vif du sujet, la BD a été rééditée depuis en intégrale sous le nom " La fiancée du Queyras", qui colle à la limite mieux, puisque le bal en question n'est évoqué que dans le tome 1.





La première planche donne le ton: c'est le 20 mars, une épaisse couche de neige recouvre la région. De la neige rougie par le sang d'un cadavre pour moment anonyme. Que s'est-il passé?


L'image du but reviendra à la fin du tome 2..en attendant, pour connaître l'explication, il faut revenir au 15 août de l'année d'avant
Anaïs de Saint Géraud, jolie femme qui est né et a passé sa jeunesse dans les Alpes, revient sur les lieux de son enfance: la citadelle de Montdauphin. Elle s'en serait bien passé, car ses souvenirs ne sont pas bons: elle était la fille du commandant du fort et a été élevée de manière très stricte, éducation dont elle a gardé une certaine dureté de caractère.
Et l'avenir ne s'annonce pas mieux, puisque c'est maintenant son mari, Anselme, un militaire particulièrement casse-pieds, jaloux et orgueilleux qui vient d'être nommé capitaine à cet endroit là.

Situation pour le moins étouffante, et avec la chaleur en prime, Anaïs ne tarde pas à faire malaise sur malaises, ce qui lui vaut une certaine inimité de la bonne société de Gap de ce début de XX° siècle. Les femmes surtout la voient d'un mauvais oeil: trop jolie, trop élégante, trop parisienne, même si elle parle couramment le patois. Mais surtout, à son corps plus que défendant, elle attire irrémédiablement les hommes du coin...ce qui lui vaut en plus des scènes de ménage.
Mais les choses prennent d'autres proportions lorsqu'au fil du temps, deux des hommes qui l'avaient serrée de trop près sont retrouvés morts. D'autant qu'en tant que fille de militaire et sait tirer au pistolet. Peu à peu au fil de l'automne, puis del'hiver, les morts se multiplient, avec toujours Anaïs en point commun

Et puis il y a cette vieille histoire pas très claire: son père tyrannique qui avait su se faire détester de toute la région est mort dans des circonstances non élucidées, on a parlé d'empoisonnement avec des champignons vénéneux. Un accident.. qui n'en était peut être pas un.

Mais deux militaires qui meurent ça fait désordre, l'armée nomme donc une vieux briscard à deux doigts la retraite pour enquêter sur cette coupable idéale.

D'autant qu'Anaïs a des fréquentations peu dignes d'une dame de la bonne société, puisqu'elle passe beaucoup de temps avec son ami de toujours, Marceau, le nain analphabète, homme à tout faire à l'auberge/maison de passe du coin. Mais Marceau est la seule personne qui ait une sincère affection pour elle et réciproquement.

J'ai bien apprécié cette relecture. La relation entre Anaïs et Marceau est très mignonne et apporte un peu de fraîcheur à cette histoire par ailleurs très sombre, ou il sera question de meurtre, de sang, de maltraitance et de bien d'autres choses encore qu'on devine assez vite.

La parenté avec Giono est évidente: mêmes lieux ou presque, la nature sauvage, l'hiver qui n'en finit pas, la neige teintée de sang, un militaire qui s'amuse à chasser une louve...
Et une phrase d'Un roi sans divertissement en préambule au tome 2.
Mais ça n'est pas une adaptation directe, plutôt une référence qui traverse l'histoire.

Maintenant il ne me reste plus qu'à relire Giono à l'occasion, j'en ai bien envie.

Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture