vendredi 30 juin 2017

Supertoys et autres histoires du futur - Brian Aldiss

Et on termine ce mois anglais par une dose de SF.
Brian Aldiss, ce nom est peut-être inconnu, en tout cas moins connu que ceux de ses contemporains ( au moment où j'écris, il est toujours vivant et a 91 ans) américains:  Isaac Asimov, Ray Bradbury, Philip K Dick, Alan Nourse, Kurt Vonnegut.. pour ne citer que ceux de la même génération, ou que Arthur C Clarke, son contemporain de la décennie précédente.

Par contre vous avez peut-être vu l'adaptation de la nouvelle qui donne son titre au recueil, Les supertoys durent tout l'été ( 1964), sous le titre A.I, Intelligence Artificielle, réalisé il y a une quinzaine d'années par Steven Spielberg

Et je le dis de suite: non je ne l'ai pas vu. Je n'aime pas spécialement Spielberg, et encore moins dans sa veine récente. Je sauve Duel, Rencontre du 3°type, les aventuriers de l'arche perdu et le méconnu 1941,et, oui, je n'ai rien à secouer de Jurassic Park, de la couleur pourpre ni du soldat Ryan, ni de la liste de Schindler. Sifflez, j'm'en fous.

Et ce d'autant plus que , ce que nous apprend l'avant propos de ce livre écrit par Aldiss, c'est que l'adaptation devait être faite dès les années 1970 par Stanley Kubrick à qui cette histoire plaisait beaucoup( oui, le réalisateurde Full Metal Jacket, Orange Mécanique, Shining, 2001 Odyssée de l'espace ou Dr Folamour. Rien que ça...) D'un point de vue purement cinématographique, et personnel je considère Kubrick largement supérieur à Spielberg. qui a été bon à un moment dans le cinéma de divertissement, mais me gave sincèrement quand il part dans le pathos.

Mais j'avoue que j'ai du mal à imaginer Kubrick adaptant une histoire aussi intimiste, et apparemment lui aussi a fini par jeter l'éponge voyant qu'il serait impossible de transformer une nouvelle de quelques pages en grande fresque filmique, lui-même et Aldiss n'arrivant  pas à se mettre d'accord sur une manière de développer ce court récit.
Maiiiis d'autre part, la critique sociale sous jacente de la nouvelle aurait pu donner quelque chose d'intéressant à la sauce Kubrick. Bon le film n'existe pas, et c'est dommage, mais l'impulsion a été donnée à l'auteur qui a complété la nouvelle plusieurs années plus tard par deux autres" supertoys" pour en faire une mini trilogie, chacune reflétant plus ou moins les préoccupations sociales du moment d'ailleurs, avec comme fil directeur une critique de la surconsommation.




Dans "les supertoys durent tout l'été", il y a le portrait parallèle de Henry Swinton, commercial dans une société de robotique pour clientèle ultra riche, et de sa femme Monica qui s'ennuie à mourir seule chez elle. Dans cette société futuriste, la surpopulation est telle que les couples doivent participer à une loterie pour gagner par tirage au sort le droit d'avoir un enfant, alors pour pallier ça, Henry a offert à sa femme David, un des produits de leur société, petit robot à l'apparence d'enfant de 5 ans qui ne sait rien de sa vraie nature. Et pendant qu'Henry court le monde en vendant des créations toujours plus délirantes au quart de l'humanité qui vit dans l'opulence et se gave sans un regard pour le 3/4 de la planète qui crève de faim en pataugent dans les ordures - sa boîte a même inventé un robot à avaler, succédané de taenia, permettant de manger comme 4 et de picoler sans prendre un gramme ni risquer la gueule de bois - pendant ce temps donc, Monica se débat avec David, qu'elle repousse parce qu'il restera à jamais un enfant de cinq ans ( alors qu'elle n'a pas de problème avec Teddy, robot assistant à l'allure plus rassurante d'ours en peluche). Monica patauge en pleine vallée de l'étrange avant même que le concept ne soit inventé, complexe de ne pas considérer David, doté d'une intelligence supérieure à d'autres robots et qui se pose des questions existentielles sur la réalité, comme un être humain vivant, ce qu'il n'est effectivement pas, mais en même temps parle de l'abandonner au rebut dès qu'elle apprend qu'elle et son mari ont été tirés au sort. Tandis que David qui en sait rien de sa nature ou de celle de Teddy se demande pourquoi ses parents ne l'aiment pas, il a été programmé pour réagir comme un enfant de 5 ans "standard"
Donc d'un côté une critique de la société de consommation,où les riches vivent en espace clos avec de fausses fenêtres pouvant se programmer pour admirer le paysage choisi, Monica ayant choisi d'afficher un perpétuel été dans un jardin virtuel, pour ne pas voir la misère, la surpopulation et la pollution.
De l'autre une réflexion assez subtile sur, non pas l'intelligence artificielle, mais plutôt "qu'est-ce que c'est la réalité. Est-on ce que l'on croit être? Peut-on arriver à combler le décalage entre ce qu'on pense être et ce que les autres projettent sur vous?
Les suites " les super toys en hiver", puis "les supertoys les autres saisons" va creuser cette réflexion. Monica a gardé David qu'elle néglige toujours, car sa grossesse a échoué, ce dont elle se plaint abondamment sur un prototype de chat internet ou de Facebook avant l'heure. Elle a reporté son affection sur un autre robot, Jules, à l'allure de vieux majordome qui évoque des souvenirs lointain de son père. Mais lorsque Jules tombe en panne, et que David suggère " c'est pas grave c'est un robot tu pourras le remplacer", elle finit par lâcher ce qu'elle retenait depuis des années " et toi et Teddy aussi vous êtes des robots", révélation qui provoque une série d'accidents en chaîne où Monica va laisser la vie... pendant qu'Henry toujours au loin continue à vendre du rêve à des rupins.
3° acte: alors que David, seul et endommagé se dirige vers "throwaway city", la ville ou échouent les robots endommagés ou vite devenus obsolètes dans la course au progrès, Henry fait enfin l'erreur qui va le faire tomber de haut, et est renvoyé à la case départ, sa femme est morte, son enfant adoptif porté disparu, il sort de sa bulle et se rend enfin compte de l'état du monde, asphyxié de plastique, monde qu'il a contribué à créer
Très intéressante réflexion, sur la course au progrès, et cette dernière partie est saisissante, avec son bidonville de robots qui ressemblent à des travailleurs handicapés licenciés ou à des retraités laissé sur le bord de la route de la croissance. C'est même le plus intéressant, puisqu'on est passé d'un questionnement sur le réel et l'identité, à un questionnement plus global sur " le progrès, oui, mais à quel prix".
Très anglais aussi dans son humour absurde et noir, puisque la société où travaille Henry se nomme Synth-claws, et l'un des actionnaires Mr. Aintworthy. En gros, Monsieur "cestpaslapeine". Henry a tellement été ambitieux et aveuglé par le succès qu'il est lui même mis à la porte de sa société, maintenant dirigée par une entité.. robotique. Exit l'humain, les machines qu'il a créées l'ont dépassé et rendu obsolète à leur tour.
Une très jolie découverte d'une profondeur intéressante, du coup j'ai encore moins envie de voir l'adaptation passée à la moulinette Hollywood, je crains qu'elle ne perde sa subtilité.

Pour les autres nouvelles, elles datent toutes d'époques disparates (il y a 19 textes en tout) et sont.. disons, pour le moins inégales.
On y retrouve des thèmes récurrents, comme la mise en scène très grandiloquente de choses qui ne devraient pas l'être ( un suicide par décapitation, annoncé bien à l'avance t pour lequel des places se vendent cher, un changement de sexe par l'hypnose - oui, WTF?!, ou le voyage dans le temps d'une starlette qui n'a plus un os d'origine dans le corps, ni une once de sincérité"- Je pense que cette phrase résume bien l'idée générale qui ressort de ces nouvelles: une humanité frelatée, trafiquée, plus très humaine en fi de compte, qui s'oppose au robot trop humanisé de Supertoys.

D'autres idées se retrouvent de loin en loin, la conquête du système solaire, parfois présentée sous un jour positif, mais parfois... j'avoue j'ai bien aimé "III" ( pas "3" mais 3fois la lettre I), l'acronyme d'une multinationale anciennement nommée " Mondesancto" qui après voir réussi à se faire détester sur terre en prenant la mainmise sur 95% des ressources en eau, mais RAF, on a gagné de l'argent, il suffit de changer de nom pour se racheter une conduite,  part explorer les lunes des géantes gazeuses pour en exploiter les ressources (et exterminer la vie qui s'y trouve, surtout si elle n'est pas comestible, pour l'empêcher de nuire au développement du profit, toujours plus de profit) Toute ressemblance, blablabla..
Parallèlement, cette humanité peu glorieuse cherche un idéal perdu, d'avant la reproduction sexuée, un idéal qui n'a probablement jamais existé. Avec un fantasme d'île isolée, où on vivrait en paix avec sa petite famille.De retour à l'harmonie avec la nature.
Mais le fait est que dans la plupart des nouvelles , hommes et femmes n'arrivent pas à communiquer, ou alors par dialogues de sourds, via des hologrammes, ou coincé dans des mondes parallèles.
On y trouve aussi des relectures de la Tempête de Shakespeare par exemple ( celle là, elle ne m'a pas plu, vu que le Héros se tape ouvertement Miranda.. 12 ans. C'est une chose qui même en littérature, ne passe pas chez moi), ou du mythe d'Orphée et Eurydice ( bien plus réussi, mis en parallèle avec la Shoah)

Mais voilà, mon impression générale reste mitigée. Beaucoup de bonnes idées, sur la place de plus en plus réduite de l'humain dans un monde qu'il a ironiquement façonné à sa guise,  mais dont je n'ai pas toujours aimé la narration, soit parce qu'elle se perd parfois dans détails sans grand intérêt, en oubliant des choses importantes, soit parce qu'elle opte pour un ton " conférence ou discours politique", qui me gonfle un peu.
Et souvent il en ressort qu'on ne sait pas trop où Aldiss veut en venir. Et j'ai l'impression que plus il avance en âge, plus cet effet s'accentue, sur les nouvelles les plus récentes.
C'est peut être très clair pour lui, mais pas toujours pour le lecteur, qui se contentera d'un "pas mal mais peut mieux faire", sur plusieurs textes.

Dommage, j'aurais vraiment voulu apprécier ce recueil, mais il en reste qu'hormis quelques textes, sur les 19, ce sont bien les Supertoys qui sont les plus intéressantes ( et je dis bien LES, les 3 nouvelles, se contenter de la 1°, serait louper quelque chose)


Mais comme je n'aime pas rester sur un échec, ou un demi-échec, je redonnerai à l'auteur sa chance avec Helliconia, qui est son oeuvre la plus connue.

En fait, je suis dans le même état d'esprit que pour les Monades Urbaines de Robert Silverberg. De bonnes idées, mais pas toujours traitées d'une manière convaincante ( même si les Monades avait l'avantage de se passer dans une unité de lieu, et donc avait une plus grand homogénéité)

MAJ: parce que peu de medias en auront parlé, j'ai appris la mort de cet auteur que je venais à peine de découvrir " pour de vrai", ce 19/08/2017, le lendemain même de son 92ème anniversaire.

Donc je crois que l'an prochain, si mon planning m'en laisse le temps, il va falloir que j'intègre un de ses titres, pourquoi pas le tome 1d'Helliconia si je le trouve.

3 commentaires:

  1. ah les monades je les adore...j'adore aussi spielberg..lol....bien que dans son film IA on trouve ta critique...trop disparate entre la premiere partie et la 2eme partie.....mais bon cela ne m'a pas pousse a vouloir lire le livre, un peu comme toi...lol....;)

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    1. Ah, je crois que tu as mal lu, j'ai dit que je n'aime pas Spielberg et c'est justement parce que je n'ai pas vu A.I que j'ai lu la nouvelle.
      Et de fait, les 3 supertoys ont une homogénéité qui manque au reste des nouvelles.

      Je devine ce qui a pu se passer: la 1° nouvelle ayant une fin ouverte, Spielberg s'est trouvé au pied du mur à devoir en bricoler une vite fait bien fait.
      D'après la préface du livre, c'est justement cette conclusion boîteuse qui a poussé Aldiss à conclure vraiment son histoire, avec deux autres nouvelles.

      Pour les Monades, c'est plus qu'il accuse son âge et que certains passages ne passent plus au XXI° ( par exemple sur la parodie de société hippie qu'il présente: amour libre poussé au point d'obliger les gens à avoir des enfants par dizaines et recours systématique aux drogues.
      Ca fait un peu discours ORTF qui a peur des hippies alors en rajoute une louche pour les discréditer. De nos jours, ce parti pris fait franchement rigoler.

      Lesmonades souffrait aussi d'une traduction daté à l'époque où on pensait que la SF, c'était de la sous-littérature. Supertoys n'a pas ce défaut, ou, en tout cas, je ne l'ai pas ressenti, on prend la chose plus a coeur et c'est tant mieux.

      allez pour l'an prochain, j'ai déjà Arthur C Clarke en attente :)

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    2. j'ai bien aime la structure ,quand meme, des nomades...un personnage qui se repete d'une histoire a l'autre...le faite de voir les monades dans toute sa structure....jusqu'a l'explosion de la fin....j'avoue me mettre a l'epoque du livre donc le cote Hyppie ne m'a choquee....et je pense avoir un Clarke dans ma PAL...cela serait bon....;)

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