vendredi 6 novembre 2015

Entretiens de Tim Burton avec Mark Salisbury

Voilà un livre qui a attendu , spécialement pour ce mois Halloween - qu'il va donc conclure - merci pour le cadeau , Sylvain!

Il s'agit en fait d'une série d'interview, regroupées en livre et liées entre elles données par Tim Burton, le réalisateur que j'apprécie énormément, au journaliste Mark Salisbury. Il y retrace sa carrière, depuis son enfance à Burbanks, banlieue sans grand intérêt de Californie, jusqu'à Sweeney Todd, dernier film réalisé au moment de la parution du livre ( manquent donc à l'appel les plus récents), en passant par sa formation chez Disney, qui a été à la fois une expérience enrichissante... et une torture mentale. Imaginez Tim Burton dessinant pendant des mois de gentils renards pour Rox et Rouky... vous saisissez l'idée.
Donc un chapitre = un film, par ordre chronologique.
Où j'ai donc pu découvrir que, si j'ai trouvéVincent via le net, je n'avais jamais entendu parler des courts métrages qu'il a fait entre Vincent et Pee Wee Big Adventure.
Dont une version Kung fu d'Hansel et Gretel. Je veux voir, ça , je veux me marrer à plein tubes...

Et de me rendre compte que sur tous les films évoqués, il n'y en a que 2 que je n'ai pas vus: Pee Wee, trop ancien et pas forcément rediffusé, et Big Fish, que je n'ai pas aimé du tout. J'ai mieux compris pourquoi en lisant la genèse de ce film en particulier.
juste pour le plaisir , les petits chiens, récurrents: Zéro
Car ces entretiens sont à la fois un historique - sans date, Tim Burton précise qu'il a une très mauvaise mémoire des dates - des films qu'il a réalisés, mais surtout l'occasion d'avoir un témoignage de première main, puisque du réalisateur lui même, sur ce qu'il voulait faire, sur la genèse parfois difficile de certains films.
Où l'on découvre aussi que ceux qui ont eu le plus de succès, mais ont été le plus descendus par la critique ( Batman et la planète des singes) sont justement ceux qui ont été les plus difficiles à réalisés pour des raisons de contraintes de temps, et de production: grosses productions soumises à l'aval des majors qui veulent avoir un regard sur tout, discutaillent pendant des heures et des jours. et sur lesquels il s'est personnellement le moins amusé.
Les dessous de l'industrie du cinéma sont donc abordés, et ils ne sont pas toujours très jolis. Mais présentés de manière assez irrésistible par quelqu'un qui en fait un portrait mi-amusé, mi-consterné, un réalisateur qui a été formé à l'animation à l'ancienne  et qui navigue dans un milieu auquel il a malgré tout pas mal de difficultés à s'adapter . Et c'est même un miracle qu'il s'y soit fait un nom, un coup de pot du à quelques bonnes rentrées d'argent sur Pee Wee et Batman qui lui a permis de se faire connaître tout en restant " le gars bizarre et imprévisible"

J'ai vraiment beaucoup aimé, si on connaît ses films, ça permet d'en savoir plus sur leur origine, la manière dont ils ont été conçus, la manière de travailler d'un réalisateur aussi particulier.
Ce qu'il en ressort, c'est que contre toute apparence, il a quand même bien la tête sur les épaules, même si elle fourmille d'idées farfelues, et une manière de travailler intéressante et a contrario de la plupart des réalisateurs qui partent du scénario pour aller vers l'impression. Il insiste plusieurs fois sur le fait qu'il préfère partir d'une idée, d'une impression, d'un ressenti pour aller vers le scénario, ce doit être l'émotion recherchée qui prime. Et ça se sent lorsqu'on voit les films. ils ne sont pas jolis juste pour faire joli, mais aussi foutraques soient-ils forment un tout d'une grande cohérence, par les motifs récurrents.. dont l'auteur n'a pas conscience sur le moment. Ce type est à la fois complètement dans son monde et très ouvert.. tout en gardant un regard critique sur l'industrie dont il fait partie, dont il fera partie jusqu'à ce que son nom n'attire plus. Il est lucide à ce sujet et intègre, et cette intégrité se ressent dans ses films. On a quelqu'un qui pour peu qu'on lui laisse les coudées franches ira jusqu'au bout de son idée, tant pis si elle ne marche pas, mais au moins il tente.
Scraps

il parle aussi beaucoup de son amour immodéré pour les personnages bizarres, les monstres, les laissés pour compte, tous ceux qu'on préfère ne pas voir - ça je m'en doutais- et pour l'animation image par image, et la qualité d'épaisseur, de chair, qu'elle donne au film d'animation que l'animation informatique ne permet pas d'atteindre.
C'est tout à fait ce que je voulais dire lorsque j'ai dit que je préfèrerai toujours Star Wars et ses effets spéciaux faits maison à sa préquelle: maître Yoda en marionnette a une présence que maître Yoda en image de synthèse n'aura jamais.
En plus il mentionne brièvement l'animation traditionnelle via "Le géant de fer" que j'ai eu la chance de voir à sa sortie, que presque personne ne connaît, et qui est formidable.

A lire donc, évidemment si on est fan du réalisateur, ou juste fan de cinéma, pour en savoir plus sur la genèse d'un film de l'intérieur et le monde du cinéma hollywoodien en général. Pas toujours aussi vachard qu'on peut l'imaginer d'ailleurs. Il y a aussi de très belles rencontres.

Les préfaces signées par Johnny Depp , son complice sur.. je ne sais plus combien de films, sont, au passage, adorables: qu'une amitié pareille puisse exister et perdurer dans un milieu aussi improbable est extraordinaire. Et là aussi ça se sent: l'acteur n'est jamais aussi bon que lorsqu'il tourne pour son copain Tim.
Sparky

D'autres lectures dans le cadre du mois Halloween:
Hilde  et Myrtille, qui demande de faire notre film favori, je vais donc faire un top 3
- L'étrange noël, parce que c'est celui qui m'a fait entrer dans sa filmographie déjantée. J'ai été stupéfaite de voir enfin un film d'animation américain sortir du cadre habituel des animations américaine. Le fait qu'il ait été produit par Disney ajoute encore une couche de bizarrerie à la chose ( et Burton reconnaît que bien qu'il ait eu des difficultés avec la firme qui l'a formé , il leur est reconnaissant d'avoir misé sur lui pour ce coup là). Et que la musique y a un vrai rôle, et importe énormément, elle n'est pas là juste pour souligner la narration. Et ça n'est pas non plus une simple comédie musicale.
- Edward aux mains d'argent, parce que là on est dans la bizarrerie à l'état pur.
- Sleepy Hollow: pour son côté très britannique dans le fond, très film d'épouvante à l'ancienne.

Et celui que je n'ai pas aimé
- Big Fish: rien à faire, je n'ai pas pu le finir. Je comprends mieux pourquoi: la narration qui fait d'incessants allers- retours entre passé et présent, l'auteur qui y parlait de choses personnelles qui ne pouvaient pas me toucher: il mentionne que les conflits familiaux sont souvent présent dans ses films... c'est vrai, mais en toile de fond, or là, le conflit familial est au centre de l'histoire et .. non, ça ne me parle pas. Donc même si au final il l'a voulu comme un film sur le rapport entre le réel et la réalité, je n'ai pas pu y entrer, et j'ai vu un film sur un père qui passe sa vie à raconter des bobards et son fils très terre à terre. Il n'a pas marché sur moi, tant sur le fond que sur la forme.

pas vu, outre les deux que je citais: Alice ni Big eyes, pour la simple raison qu'ils n'ont pas été diffusés en VO dans chez moi, donc niet, non, je préfère ne pas les voir que les voir en version doublée. Ca a été le cas pour Dark Shadows, vu en voyage dans un avion où c'était le seul choix intéressant.. il faudra que je puisse le voir en vO pour me faire vraiment un avis.

Aparté: il y a 4 jours quand j'ai parlé de Crimson Peak, j'ai essayé d'imaginer ce que le même sujet aurait donné traité par différents réalisateurs, avec lesquels je suis plus en phase, dont Tim Burton. En me disant que oui, mais non, il ne fait pas vraiment dans le film d'horreur, puisque si la mort est omniprésente dans son cinéma, elle n'est pas perçue comme négative ou flippante.  Une variation sur le sujet de Barbe-bleue ne serait peut-être finalement pas son style.
Mais ça c'est parce que j'avais oublié Sweeney Todd à ce moment là. Un duo d'assassins qui transforment des centaines de gens en pâtés, avec de la violence, du sang mais qui ne prend pas le pas sur le reste. Donc oui, Burton aurait pu s'attaquer à cette histoire sans souci.. et le résultat aurait été probablement très différent.
 ( je sais c'est vain de dire ça, les deux ont un style très différents, et le film n'est pas mal tel qu'il est, mais j'aime bien imaginer "ce que ça pourrait donner si...")

Mais voilà, je l'appréciais déjà énormément en tant que réalisateur, c'est très intéressant d'avoir un aperçu du bonhomme lui-même. D'autant que Grâce à toi, Tim, je supporte enfin mon prénom.





5 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ton point de vue sur ce livre :) Moi aussi j'ai apprécié de découvrir l'homme qui se cache derrière tous ces films si particuliers. Comme toi, je n'ai pas vu Big Eyes. Et j'aimerais beaucoup voir Crimson Peak, c'est tout à fait mon genre !!
    Bonne soirée et à bientôt :)

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  2. Je suis enfin parvenue à publier mon billet. Quelle belle découverte ces entretiens! J'ai quelques lacunes cinématographiques, mais dans l'ensemble, je savais de quoi on parlait! ;) J'adore "L'étrange Noël", "Sleepy Hollow", "Beetlejuice", "Mars Attacks", Frankenweenie... En revanche, je n'ai toujours pas vu "Sweeney Todd", ni "Big Fish" entre-autre, ça me donne envie d’accélérer le mouvement.

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    1. Sweeney Todd a un sujet super glauque et pourtant j'ai ri aux éclats par moments: Johnny Depp en maillot de bain XIX° s, à rayures, en train de s'ennuyer comme un rat mort sur une plage. La tronche qu'il faisait était hilarante. Mais je ne l'ai pas revu celui là...

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  3. C'est vrai que les entretiens permettent une meilleure connaissance de ces films...Et pareil que toi Big fish...Ca me reste sur l'estomac, un peu comme un filet-o-fish chez Mc Do!!!

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    1. allez, je vais oser le jeu de mot super attendu et tellement pas drôle qu'il en devient presque sophistiqué..Alors comme ça, toi aussi tu t'en.. fish? ( pouet pouet pouet). Mais sinon merci pour le cadeau, j'ai découvert l'existence de métiers que je ne soupçonnais même pas (genre le script doctor, le super kiné du ciné qui remet d'aplomb les scripts boîteux)

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