mardi 22 octobre 2013

La Dimension fantastique - Collectif

et une petite relecture pour le challenge halloween, j'ai fouillé mes étagères et retrouvé les 4 tomes de cette collection de nouvelles fantastiques éditées chez Librio (4 tomes parus, si ma mémoire est bonne)

Ce premier tome rassemble donc 13 nouvelles d'auteurs classiques du XIX° et XX° siècle ( la plus récente date de 1953), on y trouve:

L'homme au sable - E.T.A Hoffman: enfant, Nathanael a été traumatisé par la légende du marchand de sable, qu'il voyait comme une sorte d'ogre, et l'épouvante  causée par l'avocat Coppélius, un homme effrayant qui se livrait à des expériences alchimiques en compagnie du père de Nathanael, mort accidentellement, justement au cours d'une expérience qui a mal tourné. De cette terreur de jeunesse, il a gardé en grandissant une nature inquiète et nerveuse, une propension au mysticisme et une tendance à s'enthousiasmer pour un rien. La rencontre d'un horloger qui lui rappelle fortement le Coppélius de son enfance va achever de le précipiter dans la démence.
Et pourtant, cette nouvelle est drôle, car Hoffman garde sans cesse ses distances avec son héros et ses lubies : lorsqu'il s'amourache d'une femme vue a travers une vitre, qui ne bouge jamais, ne parle jamais et qu'en bon héros romantique il "l'aime", parce qu'elle est belle sans jamais se rendre compte qu'il s'agit d'un automate. Mais Hoffman est assez malin pour en faire trop avec ce cliché, ce qui fait que son héros passe pour ce qu'il est : un dingue aveuglé que tout le monde au choix plaint ou moque. La toute fin est d'ailleurs d'un cynisme assez réjouissant à ce sujet. Il y a la dedans en plus un leitmotiv ( au sens musical, j'y reviendrais dans le prochain sujet sur Hoffman) au sujet de l'oeil: Coppélius menace Nathanael de lui arracher les yeux, Coppola l'horloger vend des yeux ( des lunettes), Clara la femme vivante est définie par son regard pétillant, tandis qu'Olimpia, l'automate, a un regard évidemment dénué de toute vie.
Et pour les connaisseurs cette histoire est celle qui figure à l'acte II des Contes d'Hoffman d'Offenbach ( avec l'air ultra célèbre pour soprano colorature d'Olimpia), mais je préfère de loin celui de Coppélius ( j'ai des yeux de vrais yeux...). Voix de baryton oblige

La cafetière - Théophile Gautier:  Un homme parti pour quelques jours dans un manoir au fin fond de la Normandie, après un trajet harassant est le témoins d'étranges visions dans sa chambre: fatigue du voyage, rêve, ou imagination en roue libre,  le voilà qui assiste à un concert et à un bal organisé par des personnages sortis des tableaux où les objets s'animent tout seuls, où  il se voit danser avec une femme qui se révèle n'être qu'une vieille cafetière fêlée. Alors, vision de fantômes du temps passé, ou simple rêve? Une nouvelle onirique et agréable, plutôt bien écrite - alors que j'ai parfois du mal à accrocher au style de Gautier par ailleurs.

Le portrait ovale - Edgar Poe: une histoire d'objet vampire. Chez Wilde, le portrait de Dorian Gray prolongeait sa vie, ici, le portrait absorbe littéralement la vie du modèle. Une histoire courte, un sujet plutôt original, mais j'ai eu du mal à y entrer, pour une raison toute bête: impossible d'empêcher des pensées aussi simple que " attends.. il me dit que la femme du portrait s'est mariée avec un peintre célèbre et qu'elle était jalouse du temps qu'il passait  à peindre? mais.. mais quelle godiche, ne te marie pas avec un peintre dans ce cas, si c'est pour le lui reprocher". oui je sais.. mais cette pensée m'a envahie, et impossible de prendre en pitié la femme. Peut être que si je l'avais lue en VO, je n'aurais pas eu cette idée envahissante.

Le monstre vert - Gérard de Nerval: c'est du Nerval, donc, c'est un peu étrange, dans la forme que dans le fond, mais j'ai bien aimé cette histoire sans queue ni tête de cave hantée, de bouteilles diaboliquse, et d'enfant né vert et cornu.

La montre du doyen - Erckmann-Chatrian: une série de meurtres ensanglante la ville d'Heidelberg. Evidemment les premiers soupçonnés, même s'ils viennent juste d'arriver et ne sont au courant de rien, ce sont les musiciens errants, pauvres donc suspects au yeux des bourgeois de la ville. Qui est donc le vrai coupable. On va dire qu'il s'agit d'une variation, par extrêmement bien exploitée hélas (conclusion trop abrupte à mon goût, là ou on aurait du avoir quelque chose de mieux amené), sur le thème du loup-garou, où plutôt cette fois, du chat-garou, si on peut dire. dommage, l'idée était prometteuse.

L'homme à la cervelle d'or - Alphonse Daudet: plutôt un conte que vraiment une histoire fantastique. Un homme, né avec une cervelle en or et surprotégé toute son enfance ( enfin, plutôt son inestimable trésor que lui), se voit contraint de vendre sa précieuse cervelle petit bouts par petits bouts par une famille puis une femme toujours plus exigeants ( car perdant à chaque fois un peu d'intelligence, il devient plus con.. et conséquence, il se marie, sans discernement de plus :D)... qui ne lui réclament pas directement,  non, mais lui font clairement sentir qu'il serait extrêmement égoïste de ne pas partager. Une allégorie très drôle et très cynique de tous les intellectuels fauchés, artistes et penseurs, obligés de brader leurs cerveaux pour se nourrir.

L'orgue du Titan - George Sand: un organiste et son apprentis perdus en montagne à la suite d'une cuite mémorable sont victime d'une hallucination: la montagne se transforme à leurs yeux en orgue géant.
Plus que la nouvelle ( bien que l'approche soit assez truculente), j'ai apprécié le lieu où elle se passe, en fait. Car les roches Tuilière et Sanadoire existent bel et bien, en Auvergne, et font partie des paysages de mes vacances d'enfance, et ça me fait un immense plaisir de les voir mises en avant, véritables personnages de l'histoire.
Tuilière à Gauche, Sanadoire à droite. a noter qu'elles sont en phonolithe, une pierre connue justement pour ses caractéristiques sonores. Dont il est justement question dans la nouvelle.

Vera - Villiers de l'Isle -Adam: un jeune veuf  inconsolable refuse l'idée de la mort de sa femme et décide de simuler sa présence, jusqu'à se convaincre qu'elle est toujours de ce monde. Une histoire assez similaire à la deux fois morte, donc . Je n'ai pas beaucoup apprécié, d'une part à cause de ce sujet assez semblable, d'autre part parce que non, je n'ai pas du tout adhéré à l'écriture symboliste que je trouve vraiment trop grandiloquente dans l'absolu, d'autant plus sur un sujet intimiste.

La chevelure - Maupassant: la nouvelle la plus malsaine et dérangeante du recueil ( et donc paradoxalement j'ai adoré parce qu'elle va jusqu'au bout de son parti pris): un homme qui éprouve une fascination morbide pour le passé et les vieux objets - plus exactement pour les gens qui ont possédé ces objets, des femmes qu'il imagine toujours plus belles plus douces, plus intelligentes, plus vivantes en somme que ses contemporaines - entre en possession d'un vieux meuble qui exerce sur lui une attraction quasi -érotique. Lorsqu'il découvre au fond d'un tiroir une tresse rousse de femme, il donne libre court, jusqu'à la folie à son fétichisme nécrophile ( oui, mais il faut bien le dire comme ça). Pour le coup fantastique et description quasi clinique d'un cas de folie assez extrême, c'est au final ce côté très réaliste qui crée le malaise.

Je suis d'ailleurs - Lovecraft: un narrateur qui ne se souvent plus de son identité et semble enfermé dans un château croulant, suintant et pourrissant, rêve de voir le monde extérieur. Ce qui lui apportera beaucoup plus de déconvenue que de satisfactions. Et j'en ai déjà trop dit. J'avais déjà lu cette nouvelle, et pourtant, elle est terriblement efficace dans sa manière d'installer un climat angoissant, et même en me souvenant parfaitement de la fin, j'ai encore été tenue en haleine jusqu'au bout.

La choucroute- Jean Ray: un auteur quasiment inconnu de moi. Attention cette nouvelle est un ovni. Un type se retrouve littéralement hanté par le souvenir d'une choucroute d'enfer (oui oui, d'enfer) qu'il n'a pas pu déguster. Farfelu, bizarre. Mais ça n'est pas nouveau que j'aime le farfelu et le bizarre!

Le meneur de loups - Claude Seignolle: l'hiver 1870 au fond de la Sologne. Le temps est glacial, la famine et la guerre font des ravages. Un paisible famille de paysan reçoit la visite du "meneur de loups" venu réclamer de la nourriture pour lui et ses dangereuses bêtes. Angoisse, patois, folklores et superstitions populaires.

Escamotage- R. Matheson: un homme voit soudain son entourage disparaître sans laisser de traces. Mais vraiment disparaître. D'abord sa maîtresse, qui du jour au lendemain semble n'avoir jamais existé: personne ne se souvient de son nom, l'endroit où elle travaille est inconnu. Puis c'est le tour de ses amis qui vont jusqu'à s'effacer des anciennes photos ( tiens? Est-ce que cette nouvelle aurait influencé Retour vers le futur?), puis sa famille.. Une ambiance qui me rappelle furieusement la série que j'adore " la Quatrième dimension".. Tout à fait le genre de scénarios efficaces qu'on y trouvait, donc j'aime et plutôt deux fois qu'une. Il me semble d'ailleurs que le regretté Matheson, mort l'été dernier, a d'ailleurs collaboré à plusieurs reprise  aux scénarios de cette série.

Donc au final, je retiens surtout  le cynisme de Hoffman et de Daudet, la folie malsaine de la nouvelle de Maupassant, l'angoissante histoire de Lovecraft, l'efficacité narrative de Matheson, la bizarrerie de Nerval et Ray, et la nouvelle de Sand surtout pour son cadre .
excepté celle de Matheson qui date de 1953, toutes sont antérieures à 1950
14/24, va falloir que je fasse un récap' moi
un librio de plus!
fantastique!

11 commentaires:

  1. On s'emballe les couilles si t'as aimé ou pas... on veut le resumé

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    1. J'aime.. à chaque fois les agressifs n'ont même pas le courage de s'identifier.
      Donc, au cas où vous n'auriez pas compris, je ne suis pas là pour faire vos devoirs scolaires mais pour donner MON avis construit. Pour les résumés, il y a déjà les sites d'éditeurs qui font ça très bien.
      Vous pouvez vous " emballer" tout ce que vous voulez, je ne ferai pas vos devoirs. J'ai eu ma maîtrise de lettres il y a suffisamment de temps pour ne pas m'abaisser à faire des présentations de niveau collège. Ceci est un blog littéraire, pas une base de résumés pour collégiens et lycéens trop fainéants pour lire les textes eux-même.

      Et de toutes façons, amusez vous à copier mes avis si ça vous chante, mais dites vous bien que vos profs verront de suite la supercherie. Un âne, même déguisé en pur-sang reste un âne.

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    2. D'ailleurs cher ami qui t'emballe je souhaite au passage te faire une petite suggestion: pourquoi n'emballer qu'une petite partie de ton anatomie, quand on peut emballer le bonhomme entier, façon Christo, mais comme je doute que tu connaisses, je suis gentille et je te laisse un exemple:
      http://julietteteste.files.wordpress.com/2010/09/christo-wrapped-by-annie-leibovitz.jpg

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    3. Belle critique ! Félicitation pour votre travail. Vous avez mis à peu près combien de temps s'il vous plait ? Encore félicitation :)

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    4. Aucune idée, ça remonte à plus d'un an, j'y passe en général pas mal de temps.

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  2. Merci pour votre réponse bonne année :)

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  3. Pour moi le recit escamotage ne fait pas partit d'un recit fantastique j'aimerais connaitre votre avis svp.
    Bien a vous

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    1. En effet, il est difficile à classifier. Je pense qu'il aurait pu figurer également dans une anthologie Sf. Mais les genres étaient probablement moins définis lorsqu'il a été écrit. comme beaucoup d'auteurs américains de l'époque, Matheson a été publié dans le magasine Weird Tales qui publiait un peu de tout: fantasy, fantastique, Sf, horreur...

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  4. Ce livre est cool mais on s'attend a une suite a avoir l'explication de PK tt ce monde disparaît donc sa ma un peu soûler. Mais sinon j'ai bien aimé

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  5. Je suis tombée sur votre site par hasard et je trouve votre avis très juste. J'ai moi même lut se livre en entier. Je trouve ce recueil plus surnaturel que fantastique.

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    1. hé bien merci, ça fait toujours plaisir un petit message de quelqu'un qui n'est pas un de mes visiteurs habitueles :) A dire vrai, ce billet est si ancien.. qu'il a fallu que je le relise , car je ne me souvenais plus deson contenu. Mais je ne peux que conseiller toute les série de recueils "dimension fantastique", qui m'a fait découvrir des auteurs, et en particulier, des auteurs français ou francophones comme Claude Seignolle, et donné envie d'aller voir plus loin.

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