vendredi 6 septembre 2013

La deux fois morte - Jules Lermina

Et encore un ebook gratuit, décidément, c'est bien pratique ces petites choses sur la tablette pour supporter les transports en commun.
Comme je ne trouve pas de couverture sympa, un fantôme de Victoria Frances qui semble surpris de s'effacer.. vous verrez pourquoi ce choix

Et donc, choisie  au hasard, une nouvelle fantastique de Jules Lermina, auteur un peu oublié de la fin du XIX° siècle. Et c'est une bonne pioche, que je conseille vraiment: rapide à lire et d'un cynisme assez réjouissant.
Déjà le narrateur y raconte l'histoire d'un couple d'amis, le névrosé Paul.. et euh.. Virginie, oui, appelons-là Virginie, ça n'a pas d'importance, dans le fond (oui oui, il le dit à peu près comme ça, et la vacherie vis à vis de Bernardin de Saint Pierre me fait beaucoup rire). De toute façons, le titre ne laisse aucun doute sur sa durée de vie au sein de l'histoire.
 Pour la lire, c'est ici: la deux fois morte

C'est donc l'histoire de Paul, un jeune homme nanti d'une mémoire prodigieuse qui lui permet de se souvenir de quoique ce soit dans les moindres détails (ce qui vu de l'extérieur ressemble à un cauchemar, puisqu'il peut chaque jour, revoir intégralement dans sa tête la journée de la veille...ce qui fait qu'il ne vit jamais pleinement, mais ça ne semble pas le déranger plus que ça..) Or un jour Paul reçoit la visite inopinée de Virginie, la gamine de la maison voisine, sur laquelle il semble exercer une fascination absolue. Et ça dure pendant des années, jusqu'au mariage. quelques années plus tard, le narrateur qui s'était absenté revient prendre des nouvelles: Paul semblait d'après ses lettres avoir sombré dans une sorte de mysticisme inquiétant et s'être isolé totalement à la mort de sa maladive femme ( qui dès sa première apparition était déjà condamnée: maladive, et décrite comme une fée, un être d'un autre monde, bref, déjà presque un fantôme qui s'oubliait totalement dans son admiration envers son fiancé). Donc virginie est morte et le narrateur estime qu'il est de son devoir d'ami d'aller remonter le moral à Paul. problème: Paul semble aller à merveille, et nie complètement la mort de sa femme, ou plutôt, ça n'a pas d'importance. Insensibilité ou folie?
en fait la raison est simple; Virginie n'est pas morte, car elle vit encore dans le cerveau, passablement dérangé il est vrai de Paul, qui peut la ressusciter à loisir, ce dont il fera la démonstration au narrateur, arrivant à se dédoubler pour la faire apparaître tel un ectoplasme ( mais l'auteur prend un malin plaisir à laisser planer un gros doute sur son histoire de fantôme, car l'apparition du "fantôme" nécessite beaucoup d'auto-suggestion et surtout une grande quantité de vapeurs d'éther)..La situation est malsaine, et le narrateur va déployer des trésors d'ingéniosités pour "tuer" cet encombrant souvenir qui épuise son énergie ( d'où le titre).

Une nouvelle très drôle, qui joue avec les codes du fantastique ( paysages décrits comme vivants, références à la maison Usher, apparition mystérieuse, climat d'angoisse).. pour mieux les tourner en dérision. Savoureusement cynique. Et au final, on peut le voir de plusieurs manières, car ce qu'il sous-entend est plus malsain que toute histoire de fantôme: Paul est un type qui exerce involontairement une emprise totale sur sa femme, au point qu'elle finit par se nier elle -même, un personnage le dit: c'est comme si elle s'était totalement annihilée pour se fondre en lui, comme si elle s'effaçait comme les photographies restées au soleil...et qui finalement semble plus heureux depuis sa mort, puisqu'il peut la recréer à sa guise, en toute liberté, telle qu'il veut qu'elle soit, puisqu'elle est devenue réellement sa chose, sa création . Cynisme, je vous dis! Ecriture agréable, une bonne découverte, que j'irais volontiers renouveller avec d'autres écrits du même auteur ( apparemment il a écrit une suite à Monte-Cristo, et "mystères de New-York" en suite aux Mystères de Paris d'eugène Sue,  j'avoue que ça me tente beaucoup moins par contre, mais d'autres nouvelles, pourquoi pas, en tout cas il a des titres bien cocasses, genre: " trottinette, roman d'amour")
11/24
une nouvelle de 1895

2 commentaires:

  1. Je découvre ton blog et voilà que je note déjà un livre ! Très convaincant ce billet, je pense que ce livre me plaira. Téléchargé de suite sur ma liseuse !:)

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  2. Je me demandais ce que valait cet auteur, découvert de la même façon que toi. Là, tu m'as convaincu.

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Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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Bonne lecture