lundi 25 avril 2011

La mort dans les yeux - Jean-Pierre Vernant

Deuxième étape du circuit "mythes et légendes", avec l'essai théorique lié à la mythologie. De la mythologie grecque cette fois, puis qu'il s'agit d'un ouvrage de Jean-Pierre Vernant .Bien sûr, résumer un essai, surtout un essai aussi dense que celui là ne va pas être facile. Je me contenterai donc d'en présenter les thèmes centraux, en espérant vous donner envie de le lire.

La mort dans les yeux, éditions Pluriel
La mort dans les yeux , figures de l'autre en Grèce antique, pour le titre complet, s'attache à analyser trois divinités de la mythologie grecque, liés par une similitudes dans leurs cultes: l'emploi de masques. On aura donc un chapître assez complet sur Artémis, qui représente pour Vernant la limite: principalement déesse de la chasse, elle est donc celle qui définit une limite entre le monde sauvage des animaux et le monde civilisé des hommes. Mais une autre de ses fonctions est de présider aux rites de passage à l'âge adulte, qui définissent aussi une limite, celle entre le monde "sauvage" de l'enfance, et le monde structuré des adultes. Rites de passages qui comprennent masques, déguisement, costumes, mimes.. Vernant développe également sur ses autres fonctions, toutes plus ou moins liée à cette idée de délimitation entre deux états.
Le deuxième dieu, Dyonisos, est évoqué très rapidement, le lien avec le masque est plus évident au vu de sa fonction de dieu lié au théâtre et à la fête ( une fête qui peut facilement dériver dans la sauvagerie, d'ailleurs, les danses des ménades étant proches de transes qui font passer les participants dans une état " autre").
La troisième divinité, celle qui est le plus longuement évoquée, c'est La Gorgone méduse, en ce qu'elle représente l'horreur, l'altérité dans ce qu'elle a à la fois de grotesque et de menaçant, sans toutefois manquer de rappeler qu'elle figure en bonne place peinte sur le bouclier d'athéna sous forme de motif " gorgoneion"
Gorgoneion, tête de méduse ni homme ni femme grimaçante
et de souligner le rapport qu'il y a entre Dyonisos et la flûte, instrument de transe, Athéna qui jette sa flûte lorsque le satyre Marsias lui fait comprendre que jouer de la flûte déforme les joue et lui donne une face de gorgone, le son même se la flûte qui est souvent comparé à des cris stridents de monstres...ou de chevaux, car les chevaux sont également liés aux cultes d'Artémis et de Gorgô.

Tout cela est très très intéressant, mais très dense aussi, je ne peux que vous conseiller de le lire. Instructif également, l'entretien qui est publié dans le même ouvrage, ou JP Vernant rappelle opportunément qu'il ne faut pas se contenter de lire les mythes grecs vieux de plus de 3000 ans au travers du prisme de la psychanalyse et de ses modestes 150 ans et quelques. Car il est par trop réducteur d'assimiler la décapitation de la gorgone par Persée à une castration symbolique, le peuple grec d'alors ne s'embarrassait pas de ce genre de symboles et de détours et allait droit au but, sans le vernis pudibond Judéo-chrétien ( voir l'histoire d'Ouranos pour ça, pas de chichis). Et ça fait du bien, ce genre de rappel, ho oui!
Et juste pour le plaisir, et parce que c'est un retour aux sources absolument génial, la tête de méduse peinte par Caravage (que j'aime ce peintre!) justement sur un bouclier, retrouvant donc sa fonction classique de Gorgoneion en lien avec le bouclier d'Athéna

3/25

2 commentaires:

  1. Ce livre à l'air passionnant, et d'autant plus parce qu'il s'intéresse à des dieux plus rarement étudiés. Je trouve en particulier qu'Artémis est une déesse extrêmement complexe, et lire ce que dit Vernant à son sujet me fait déjà saliver !

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  2. Je rejoins le commentaire de Céline : cela doit être intéressant de lire des études sur des figures mythologiques jusqu'ici peu exploitées par les universitaires...
    Comme toi, j'adore cette peinture de la Gorgone par Caravage si expressive...

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