dimanche 15 avril 2018

Le marathon des langues - c'est quoi ce truc?

Ceux qui me suivent régulièrement le savent, je suis une dingue des langues étrangères.

Oui mais parfois, c'est assez compliqué de garder la motivation, seule dans son coin.
Or je suis tombée, un peu par hasard sur le concept du Marathon des langues, organisé par Lauriane sur son blog. Une fondue des langues comme moi, qui se donne  365 jours pour apprendre le russe.. au maximum de ce qu'il lui sera possible ( elle vise quand même le niveau C1 du CECRL, ce qui n'est pas rien)
Il a fallu que j'aille vérifier, parce que mon dernier apprentissage de manière encadrée ( cours d'anglais) date d'avant l'établissement de ce cadre de référence. En gros, donc:

A = niveau débutant, B= niveau intermédiaire/avancé et C =le niveau autonome.
Chacun est subdvisé en 2, et  voilà l'exemple pour le français. (pour rigoler, j'ai fait le test avec un beau 100% de réussite, puisque je suis native. Un autre résultat aurait quand même été vexant!)

Pour en revenir au marathon, des langues, le concept dit bien ce qu'il veut dire: il s'agit d'une course de fond, pas d'un sprint. Comprendre que mieux vaut un travail court, mais régulier, fut-ce seulement  10 minutes avant d'aller se coucher tous les jours, que 2 heures de révision une fois de temps en temps.

Si vous avez du mal, d'ailleurs, Lauriane est coach et vous propose un accompagnement. C'est son boulot, faut bien gagner sa vie ( et quelle chance de pouvoir bosser comme ça!).
Mais ça n'est absolument pas obligatoire pour relever le défi. De mon côté, à 40, roups.. 41 balais, j'oublie que je viens de vieillir,  je connais mes points forts et faibles, et je sais que je travaille mieux en autonome qu'en équipe, en modulant en fonction des vicissitudes quotidiennes.
Donc ce n'est pas vraiment pour moi. Mais je la remercie de m'avoir involontairement donné le coup de pied au derche mental  que j'attendais (même si de fait, je suis déjà dans une phase de réajustement de..tout: priorités, physique, mental. Ras le pompon de ne pas faire ce que je veux, et c'est juste une suite logique de la révolution tranquille que je mets dans ma vie depuis 2 ans)


Et puis, il 'y a d'autres possibilités, surtout lorsqu'on est hors cadre scolaire, pour apprendre les langues, que de s'enfourner des listes de verbes irréguliers ou de vocabulaire dont on ne se servira jamais.
Mais mon cerveau est un troll en puissance et j'ai parfaitement retenu 2 mots des listes de vocabulaire allemand du lycée: Rucktrittbremsen "freins de rétro-pédalage" et Schlagbohrmaschine "perceuse à percussion".
J'ai beaucoup oublié le vocabulaire le plus courant, par contre, mais ceux là sont gravés dans le marbre, il m'a suffit de penser que je n'en aurai jamais besoin et que c'était plutôt inutile de les apprendre pour l'écrit du bac pour ne jamais les oublier.

Scoop: j'ai passé le bac en 1995 et je n'en ai jamais eu besoin depuis.
Scoop N°2: c'était tellement sorti de nulle part que ma mère, qui n'a jamais fait d'allemand, les a aussi mémorisés, puisqu'elle m'entendait pester sur ces foutues listes de vocabulaire.

Mais là, cool, on se détend, on n'est pas dans une situation où il va falloir garder le nez dans le guidon avec un exam' en juin à assurer, tout en jonglant avec les différentes matières à côté.
Apprendre les langues n'a jamais été aussi simple pour peu qu'on s'y colle vraiment: pas de maths, pas d'histoire-géo, pas de dissertation de philosophie à rendre lundi prochain, ni d'oral à préparer pour les options.
Autre avantage (et ça sent le vécu, avec l'opération de mars dernier): on peut être malade.
Ca n'est pas grave, il n'y a pas de cours à rattraper, avec un prof qui court comme un bourrin pour boucler son programme dans les temps.

Hé oui, manquer une semaine au lycée, c'était perdre 4 ou 5 heures de langues, et ce, en double ou triple exemplaires ( LV1, LV2 et pour moi LV3), ce qui se soldait par des lacunes difficiles, voire impossibles à combler si on était malade 2 fois dans l'année. Multipliés par le nombre d'année de cours. Autant dire que si une notion cruciale en grammaire avait été abordée à ce moment, là, on était aux fraises, et qu'il était difficile de trouver des sources pour déblayer ça seule pendant les vacances, (avec en plus Madame Machin qui nous a justement collé un méga devoir sur Merleau-Ponty à rendre dans 15 jours)

Là, c'est a chacun de se prendre en main, et si on est dans l'impossibilité de s'y consacrer pendant quelques jours .. hé bien il suffit de reprendre là où on s'était arrêté, c'est aussi simple que ça.

Evidemment, c'est beaucoup une question d'autodiscipline.

Mais la bonne nouvelle, c'est qu'entre le temps où j'ai passé mon bac et maintenant, le net a été popularisé.
Et avec le net, les ressources se multiplient, à portée de clics: fiches de révisions, sites de "mot du jour", moocs, radios étrangères, séries TV en vost ( et oui, regarder un épisode de série TV ou un film en VO, c'est du travail linguistique contrairement à ce que disait Monsieur XXXX pour qui seuls Goethe et Schiller valaient le coup... donc si votre kif, c'est de regarder Derrick en VO, faites vous plaisir :D)

Bon évidemment trouver des sources en anglais, en espagnol ou même en japonais ( merci la culture otaku d'être passée par là) c'est assez simple.
Trouver des ressources en allemand, en flamand ou en russe, c'est un peu moins facile.

Mais la première chose à faire, Lauriane notre marathonienne-organisatrice insiste là dessus, et d'expérience, je suis tout-à-fait d'accord, c'est de définir quelle langue on veut apprendre et surtout pourquoi.

Parce que "juste par curiosité" ou " pour me débrouiller en voyage" ou " pour déménager dans tel pays", le niveau final visé ne sera pas le même.

Une autre donnée importante c'est d'en parler autour de soi. Exactement ce que je suis en train de faire. Parce qu'ainsi, ben.. on ne peut plus reculer sans passer pour un pignouf à ses propres yeux. Mais aussi parce que qui sait, on trouvera peut être un ou deux potes à embarquer dans l'aventure, que ce soit dans la vraie vie du réel vrai ou sur le net ( et le marathon des langues a aussi une page facebook qui débute à peine, donc la communauté est encore assez petit: 733 personnes au moment où j'écris, soit le 7 avril)  Et que c'est toujours plus simple de se motiver à plusieurs qu'en solo, où on risque de perdre de vue l'objectif mentionné un peu plus haut.

Et j'ai envie de rajouter une 3° donnée, dont elle ne parle pas - ou alors je ne l'ai pas trouvée sur son site. C'est de déterminer si on a une mémoire plutôt visuelle, plutôt auditive, ou kinésique.
Parce que celui qui a une mémoire visuelle va fonctionner facilement par image, c'est ce qui est le plus souvent proposé par les enseignants. Et ça a zéro effet sur moi, j'ai une très mauvaise mémoire visuelle. Par contre des années après, je me souviens de la voix de quelqu'un, et j'ai reconnu ma prof de français de seconde plus de 20 ans après à sa voix, pas à sa tête. Et un peu de mémoire kinésique aussi: donc pour moi il va falloir passer par l'auditif et la réécriture, mais les images et les petits dessins, c'est inefficace sur moi. Par contre avoir des sources que je peux réécouter plusieurs fois, c'est exactement pour moi. Les fichiers mp3 sont mes amis!
Donc c'est une chose qu'il vaut mieux déterminer avant. Voilà un exemple parmi d'autres de test, destiné aux enfants, mais qui peut être utile à tout âge.

Alors donc voilà mon projet, ou plutôt mes projets.

Le marathon "un an pour apprendre le russe" a officiellement commencé le 1 avril. Mais de mon côté, j'avais des bases et je m'y étais remise assez régulièrement depuis septembre dernier.
Comme je suis fausse débutante, et qu'avec ma reprise d'études qui s'annonce en septembre, je solde tous mes congés avant de partir en disponibilité, j'ai décidé de commencer au 1° mai. Ainsi, je serai déjà en vacances, et avec cette énorme modification de planning, je préfère commencer officiellement au 1° mai. Par simplicité, pour ne pas commencer avec un planning et devoir le modifier deux semaines plus tard de route parce que mes activités vont changer. Mais autant dire que je vais profiter de ce coup de pot qui ne se présente pas souvent pour en faire un max.

Pour l'instant je vise 2 langues, avec des objectifs différents et un niveau de départ différent. On verra bien ce qui en résultera.



1- Le russe donc, puisque c'est un peu le défi commun ( mais il n'y a pas d'obligation, j'aurais pu choisir de me remettre à l'allemand ou à l'espagnol, d'améliorer le japonais ou de peaufiner mon anglais ou de découvrir une autre langue qui m'intéresse)
niveau de départ: Je n'ai pas trouvé de test pour le moment. et comme j'ai repris depuis quelques mois, je dirais que je suis un peu plus que faux débutant. en regardant le lien du CECRL plus haut, je dirais quelque part entre A2 et B1. Sachant qu'en langues on n'avance pas vraiment par palier, mais que c'est un continuum.
Par exemple en japonais, j'ai appris des termes liés à la musique et à la santé, pour parler de ce que j'ai fait ce printemps, mais j'ai zéro compétence en jardinage.
Alors qu'un autre élève du même niveau est jardinier et bricoleur amateur et a donc appris ce vocabulaire là que j'ignore absolument... du coup, chacun dans son domaine va avoir du vocabulaire avancé, mais des capacités intermédiaires en grammaire etc...
  • Objectif: donc le russe, oui mais pourquoi? en fait j'ai visité Moscou et Saint Petersbourg, entre autres, il y a 3 ans, en voyage organisé. J'ai bien envie d'y retourner par moi-même et d'avoir une autonomie suffisante pour le faire. Ca c'est pour l'objectif à long terme. a court terme, en tant que chanteuse, il y a des morceaux qui me plaisent bien et que j'ai envie de travailler, avec si possible un accent pas trop moisi. Les 4 mélodies des chants et danses de la mort de Moussorgsky en premier lieu.c'est en cours de mise en place au niveau musical en tout cas pour la 1° ( et oui, écouter et réécouter un max de chanteurs et chanteuses différents, en essayant d'intégrer la prononciation c'est aussi du travail linguistique, et là faut pas me pousser beaucoup pour que je le fasse!)
  • Durée: je pars sur du long terme. Du coup les 365 jours -un peu décalés- ça me convient. On verra comment je modulerai le planning à partir de la rentrée et des autres cours. Mais au plus j'arrive à en faire maintenant , au plus je pourrais un peu alléger par la suite. Et puis, je verrai ce que la fac propose comme options.
  • avantage/ inconvénient: j'ai déjà des bases qui dormaient, mais pas oubliées ( en linguistique, on parle de fossilisation, oui oui), donc c'est un plus. Le problème c'est que je sais pertinemment quelles sont les pierres d'achoppement qui m'avaient posé problème au lycée, et que je les vois arriver avec une certaine méfiance ( aspects du verbe, et surtout ces^$ù*=$ de verbes de mouvement!). A moi de trouver un angle d'approche différent de celui du lycée qui ne me convenait pas.
  • Particularité: comme il n'y en a pas en fait pas de voyage prévu dans l'immédiat, je peux suivre un programme assez classique. Y compris tenter de lire/ écouter des textes simple d'auteurs célèbres, etc.. Tranquille, donc.
  •  
oui j'ai choisi le drapeau des Flandres pour illustrer. Le problème est que le drapeau des Pays -Bas est visuellement trop proche de celui de la Russie.
2- le néerlandais/flamand : alors là, je suis  vraie débutante. Enfin presque, j'avais tenté il y a 2 ans un mooc, via l'anglais, mais la proximité des 2 langues était plus un problème qu'autre chose. Je n'ai pas encore trouvé de sources à l'heure actuelle, je vais donc me mettre à les chercher très prochainement. L'objectif et le temps prévu sont différents.
  • objectif: je l'ai dit je reprends des études en septembre, si tout se passe comme prévu. A Bruxelles. En Belgique. Certes la ville est en grande partie francophone, et je pourrais me contenter du français, mais .. on parle de moi, là. Quelqu'un qui ne va pas louper une occasion pareille, alors qu'elle sera en immersion et en plus en immersion dans la capitale européenne. autant dire avec beaucoup plus de sources et d'occasions d'entendre et de parler plein de langues. Et si je veux confortablement visiter les Flandres et les Pays-Bas, sans avoir sans cesse recours à l'anglais, je suis presque déontologiquement obligée de m'y mettre. Mais qu'on ne s'y trompe pas, c'est une obligation bien peu pénible :D
  • durée: là c'est un peu différent, puisque normalement à partir de septembre, je serai sur place.L'idée est plus de voir ce que je peux faire pendant les 5 mois qui me séparent du moment fatidique, histoire d'arriver avec un petit niveau de base. Le maximum que je pourrai obtenir, dans cette période là, mais sans sprinter pour autant. Pas vraiment un marathon, plutôt une course de demi-fond!
  • avantage/ inconvénient: j'ai appris l'allemand LV1 et l'anglais bien des années après. La proximité des langues s'annonce à la fois comme un avantage, mais comme un inconvénient aussi ( je sais déjà que c'est la LV1 qui va vouloir ressortir quand je vais me creuser la cervelle) et donc passer par le cours en anglais, ce n'est pas une très bonne idée non plus
  • Particularité: comme il va y avoir une application assez rapide des connaissances, je vais plutôt orienter mon apprentissage sur des choses très concrètes: l'accent belge plutôt que néerlandais, s'orienter dans les rues, réserver un billet de train, un peu de géographie et les noms des lieux en bilingue, comment faire les courses, etc.. Les choses plus générales, ça viendra peu à peu par la suite en immersion (enfin, écouter Brel chanter Mijn vlakke land, c'est toujours une occasion d'entendre l'accent et d'apprendre du vocabulaire, sur un texte qu'on connait par ailleurs très bien en français)
Et comme je sais que j'ai quelques internautes belges qui me suivent parfois,  je suis tout ouie, si vous avez des sources et des solutions à me proposer ( attention cependant, je n'ai pas la TV, donc ça ne peut être que de l'écrit ou des sources internet).

Sacrifices , hé oui car ce genre de projet implique des sacrifices. Non, je ne parle pas de faire un sacrifice suovetaurile aux mânes de Georges Dumézil en espérant avoir un jour son niveau. Une petite libatio est toujours possible, par contre.
Mais il va sans dire que même avec 35h00 de travail en moins par semaine pour quelques mois, il va falloir s'organiser.
Et mettre quelques activités entre parenthèses: la marche quotidienne, non, je garde, parce que sans les jambes, la tête n'irait pas loin. La musique non plus, c'est trop important, sauf pour la période juillet-août où il m'est impossible de jouer du basson ( son tout moisi à cause de la chaleur), mais dans ce cas là, réviser le solfège et les bases du clavier, c'est toujours possible, en maillot de bain devant le ventilateur.

Par contre ça veut donc dire que je vais devoir freiner.. sur les autres langues. L'anglais n'est pas un souci, dès qu'on traîne un peu sur le net, on y est confronté quasiment par défaut.Mais ça veut surtout dire mettre en hiatus la reprise de l'allemand, puisque le flamand a une plus grande urgence. Et le japonais aussi ( les cours finissent courant mai de toute façon), parce que gérer 4 langues en même temps dont une en débutant, ça ne va pas être possible. Même si les films et séries animées en VO seront toujours au RDV.

Et d'abord en juin c'est le mois anglais, donc il y aura quand même de la lecture et de l'écoute so british, entre une tranche de russe et une de néerlandais. Ca me laisse un peu de temps pour mettre tout ça en place en mai et fignoler mon planning. Sachant que je ne suis absolument pas une lève-tôt, et pas du tout opérationnelle le matin, et donc, pas la peine d'aller à l'opposé de ma nature profonde, ça serait contre-productif.

I can't get noooooo satisfaction!
Hmmm je suis en train de réfléchir à un 3°blog, juste pour ce qui est lié à ces sujets linguistiques en fait. Il y a celui ci qui est général et un autre pour la culture du Japon... Ca ne veut pas dire que je les mets à jour toutes les semaines, mais ça pourrait être une solution pour suivre cette progression linguistique, sans casser les pieds à ceux qui sont intéressés par les lectures et les films.. et inversement, ne pas imposer à la  communauté "marathonienne" des sujets autres.
Je vais donc y penser. On verra bien.

HOP! sitôt dit, sitôt fait, je viens donc e créer un blog annexe dédiée à ce sujet linguistique.
J'ai galéré à mort pour trouver un titre avec le mot langue, qui ne soit pas déjà pris, ou ne sonne pas trop olé olé.
Ca s'appelle donc " je tiens ma langue" ( et j'espère m'y tenir, donc). Et ça commence donc au 1°mai, ça me laissera le temps de fignoler une interface un peu moins basique...

mercredi 11 avril 2018

Le ciel au dessus de Bruxelles - Bernar(d) Yslaire

Voilà une BD dont j'avais repoussé la lecture depuis.. hé bien elle est sortie il y a 10 ans en fait, en 2008, mais je sentais que je n'allais pas trop accrocher.

Et même si au final elle s'avère différente de ce que je pensais ( beaucoup plus crue et érotique en fait) malgré tout..je n'ai pas 100% accroché. 

Même si depuis sa parution le contexte a changé, et ce qui n'était qu'une dystopie ( un attentat à Bruxelles ) est devenu une triste réalité. Au point que, j'ai presque hésité à en parler vu les circonstances. Presque. Mais pas d'auto-censure hein. Dans le contexte épineux de la politique du moment, c'est au niveau BD et narration que je veux aborder la chose.

L'auteur lui-même confiait il y a 2 ans, après l'attentat en Belgique, que son récit aurait été différent s'il l'avait réalisé maintenant.

ah au fait, le (d) dans l'intitulé n'est pas une erreur, l'orthographe de son nom est très variable selon les album, et ici, Bernard Hislaire ( son vrai nom) est écrit comme-ci dessous ( la plupart du temps, il signe Yslaire tout court, parfois Sylaire, ou iSlaire)



Donc l'histoire? Elle semble se passer dans un monde parallèle:

Il y est d'abord fait mention d'un homme anonyme, mort en déportation en 1943. Tout juste sait on qu'il est originaire de Crimée, du royaume de Khazarie rayé de la carte par Staline. Gnuh? il y a bien eu un empire Khazar dans l'histoire.. qui a disparu vers le X° siècle, il n'en reste que quelques vestiges archéologiques pas loin de la mer Caspienne.
2003: un type qui s'est endormi dans une station de métro bruxelloise est réveillé par des policiers sur les dents: une énorme manifestation pacifiste va avoir lieu contre la guerre en Irak, et pour ne pas prendre de risque on vérifie les identités. Or Jules ( ou Erwin, son identité est peu définie) est aussi Khazar.  Et tout laisse à penser qu'il s'agit du même homme. Ou de la même créature fantastique, ange ou fantôme vêtu de blanc, puisque mort 60 ans plus tôt.
Il rencontre donc dans cette station de métro une femme, Fadya , belge d'origine.. babylonnienne ( ça n'existe pas plus que le royaume de Khazarie), femme voilée vêtue de noir qui, on l'apprend vite, cache une ceinture d'explosifs sous un tee-shirt arborant ironiquement le slogan "No war". Il est juif ou à peu près, elle est musulmane embrigadée par son frère dans un djihad insensé. Il va tout faire pour la détourner de ses plans... a commencer par l'attirer dans une chambre d'hôtel, où il se passera exactement ce qu'on suppose. Faites l'amour pas la guerre.




Au fur et à mesure que Fadya découvre les plaisirs de la chair, son projet n'a plus de raison d'être.. et elle se retrouve désemparée, plus perturbée par l'idée que sa famille découvre sa relation charnelle avec un juif que par ce qu'elle s'apprêtait à faire ( surtout que Jules en rajoute une bonne louche en insistant sur le fait qu'en la retenant là, il lui a surtout évité de finir en lambeaux éparpillés un pu partout dans la rue, une réalité qu'elle semblait totalement ignorer).
Mais des bizarreries se greffent sur cette trame politique-érotique: lorsque Fadya, rentrée à l'hôtel le lundi 17 mars au matin veut en sortir, après une rencontrer qui n'a tout au plus duré qu'une heure, elle apprend... qu'on est déjà le vendredi suivant à 3h du matin et que l'attentat qu'elle projetait a bien eu lieu, que la guerre est déclenchée. Or elle est toujours là, vivante, et semble-t-il coincée dans une sorte de faille temporelle.

Alors ce que j'ai bien aimé: il y a évidemment le graphisme particulier d'Yslaire que j'aime toujours beaucoup, volontiers sombre , au propre comme au figuré: tonalités de brun, de noirs, côté presque esquissé, irréel et pourtant très charnel, très sensuel. C'était déjà le cas avec sa série phare: Sambre, que je n'ai jamais chroniquée ici, mais qui jouait déjà beaucoup sur l'érotisme macabre. Ce diptyque va plus loin, car ouvertement érotique, donc attention les chaste yeux, il y a des parties de jambes en l'air là dedans. Erotique,mais ni porno ni vulgaire, attention!
Quand à ceux qui ne connaissent que la BD humoristique "Bidouille et Violette" du même auteur, ça n'a RIEN à voir, que ce soit graphiquement ou au niveau des thèmes. C'est pour ça que j'aime bien Yslaire, qui est capable de beaucoup de choses très différentes. (accessoirement l'auteur s'est caricaturé scénaristiquement dans " le gang Mazda" coécrit avec Christian Darasse, Marc Michetz et Tome, en auteur de BD torturées aux histoires sentimentales et tragiques qui finissent invariablement en rupture)


J'ai bien aimé le tour fantastique, à la limite de la science-fiction que prend le récit, l'humour cynique de Jules ( en revanche, bien moins le fait qu'il s'impose à Fadya et abuse de la situation, à la limite de l'agression sexuelle, même si c'est pour éviter l'attentat, et qu'elle revient vers lui volontairement par la suite... Mouais, le syndrôme de Stockholm, bof)

J'ai quand même cherché une illu' qui reste soft, vu que mon blog est supposé être tout public..

Mais et c'est surtout là que ça coince un peu, le ressort ultra bateau des amants maudits, les références à Roméo et Juliette, à Adam et Eve, la facilité scénaristique du " on s'est déjà connus dans une autre vie, il y a 25 siècles". C'est dommage, parce que tellement téléphoné que pour moi, ça gâche beaucoup de choses.

oui c'est bien Deubeuliou Bush, en images d'archives

Je ne suis pas fan non plus de l'intégration d'images d'archives retraitées façon BD. Ca n'est pas mal fait, loin de là, et ça n'est pas gratuit non plus. C'est un parti pris artistique intéressant pour séparer le réel de l'irréel, ou pour intégrer le réel dans l'irréel, et ça se justifie dans le scénario. C'est juste que je trouve qu'il y en un peu trop à mon goût.


11 avril: Une BD, autant dire une spécialité belge au même titre que les gaufres et le sirop de Liège
Donc pas  désagréable à lire, mais un peu décevant quand on connait Sambre.

jeudi 5 avril 2018

Programme "José Van Dam" sur France Musique

Puisque  Anne " Des mots et des notes" , qui organise le mois Belge propose ses sujets musicaux le jeudi, à mon tour!

Qui va encore vous casser les arpions avec des voix graves? Devinez!
Enfin, avec UNE voix grave en l'occurrence.I
Il s'avère que le 6 mars dernier, France Musique a consacré une journée entière à l'un de mes chanteurs favoris, et belge qui plus, donc ça fait un mois que je réserve mon article pour l'occasion.

Où j'ai  eu le plaisir d'apprendre que Si José Van Dam, 77 ans, ne tourne plus dans le cadre d'opéras, depuis 2000, il n'a pas délaissé la musique, loin de là, et se consacre maintenant plutôt à des enregistrements plus légers ( jazz, chanson, mélodies.. il vient de sortir un CD  consacré à la chanson francophone où il interprète par exemple du Brassens, du Ferrat, du Nougaro, et bien évidemment, du Brel ) et à l'enseignement.
Et punaise, je vendrais mes grand-mères - image, hein, de toutes façons elles ne sont plus de ce monde depuis longtemps - pour assister à une master-class de chant de José Van Dam.

Donc, pour ceux qui ne connaissent pas, le baryton-basse José Van Dam, natif d'Ixelles est juste un des chanteurs lyriques majeurs de la seconde moitié du XX°siècle. Et un de mes préférés personnellement.
Particulièrement, en tant que francophone, j'adore l'entendre sur des mélodies françaises, puisque que naturellement son articulation et sa prononciation sont parfaites, en plus de son timbre riche d'harmoniques. Tout ce que j'aime entendre.
(Bon j'avoue, j'ajoute le français Gabriel Bacquier et le québécois Bruno Laplante qui font aussi partie de ceux que j'aime beaucoup en matière de mélodies, même s'ils ont des voix plus légères. En tout cas c'est ceux auxquels je me réfère le plus lorsque je dois travailler ce genre de morceaux, les femmes n'ayant souvent pas une articulation assez audible sur les enregistrements à mon goût. Ce qui est (physio)logique: il est plus difficile d'articuler dans les aigus, tout simplement, et les versions pour soprano font la part belle à la virtuosité dans les aigus..)

Pour ceux qui se demandent ce qu'est un baryton-basse, c'est une voix assez difficile à définir.
 Déjà les barytons, il y en a une quantité, c'est une voix très vaste (et il y a un monde de différence entre un baryton très léger comme Camille Maurane - qui était entre le ténor et le baryton -  et José Van Dam qui est entre le baryton et la basse, et pourtant, tous deux font partie de la même vaste catégorie de voix.
C'est étrange, mais c'est comme ça.
Et donc fatalement, je les place parmi mes voix préférées, avec les basses chantantes - qu'il est parfois difficile de différencier d'un baryton basse...qui a l'aisance dans les aigus d'un baryton et l'assise sonore d'une basse. Oui, je vous le dis, c'est une vraie prise de tête.
Donc on a créé un peu artificiellement des cases pour les concours, mais les voix seraient plutôt à placer en continuum qu'en catégories distinctes ( j'ai presque 20 ans de cours de chant au compteur.. et je n'arrive même pas à dire quelle est exactement la mienne! Et là encore, il y a une raison: je ne l'entends pas de la même manière qu'un auditeur extérieur. Mmmmm faudra que j'y revienne un jour, c'est intéressant et complexe..)

Mais revenons en à notre José. Je n'ai jamais eu l'occasion malheureusement de l'entendre sur scène.

Hop une petite sélection, parce que le programme de France Musique dure quand même plusieurs heures

Les Berceaux - Gabriel Fauré ( texte de Sully Prudhomme)


Chanson à Dulcinée - Ravel (texte de Paul Morand)


Il indique d'ailleurs dans la première inteview sur France Musique n'avoir jamais chanté en russe car il ne le parle pas, et donc met un point d'honneur à ne chanter que ce qu'il peut comprendre.
donc on peut l'entendre en français, en italien, en latin et en allemand ici où là..

Cortigiani, vil razza dannata- Rigoletto  - Verdi  (même si j'avoue que sur ce genre de répertoire très dramatique, je préfère écouter Ruggero Raimondi, Tito Gobbi ou Ferruccio Furlanetto)

Der Lindenbaum - Schubert, et je peux dire que sa prononciation de l'allemand est très très bonne, si je ne savais de qui il s'agit, j'aurais pu le prendre pour un allemand. Alors que j' ai plus de mal à juger l'italien vu que je ne l'ai pas appris. Et tiens, pour comparer et illustrer ce que je disais plus haut, voilà la version de Dietrich Fischer-Dieskau, la référence absolue en matière de Lieder, et baryton lyrique.
Très différent, d'autant que l'accompagnement de piano est adapté à la voix du chanteur, plus ou moins quelques demi-tons, c'est l'avantage des mélodies et Lieder, il y a toujours possibilité de trouver une version plus confortable pour sa propre voix. Après, là aussi, je vais plutôt avoir tendance à écouter Fischer-Dieskau sur ce genre de répertoire, parce que c'est par lui que je l'ai connu, mais les deux voix, pour différentes qu'elles soient, ont chacune leur charme.




Mais quand même, mon morceau favori, ça reste Scintille Diamant des Contes d'Hoffmann.
Mes parents avaient un disque ( impossible de me souvenir qui chantait ce morceau, je me souviens juste que c'était Nicolai Gedda dans le rôle principal, mais vu qu'il y a plusieurs enregistrement avec ce chanteur là, et que je ne retrouve pas le visuel en ligne) que j'ai du écouter des centaines de fois et ce morceau tiens une place à part dans ma culture musicale, tant ça a été un coup de coeur immédiat. Et qui probablement a joué un grand rôle dans mon goût pour les sons graves, on y revient...


Et pour les courageux et courageuses qui auraient envie de s'écouter l'intégralité de la programmation de France Musique, voilà le lien. Mais vous pouvez prendre votre temps pour picorer, car les archives sont disponibles apparemment sans limite de temps sur le site de la radio.


Et selon toute probabilité, le mois belge  2018 se fera en immersion pour moi. Vi! Ca sera l'occasion de rendre visite aux camarades de la blogosphère d'Outre-Quiévrain et de faire connaissance IRL.


vendredi 30 mars 2018

opération... et maintenant, je parle de mes nichons sur le web!

Une fois n'est pas coutume, je vais parler d'autre chose que lecture, films et musique.

Il y a quelques temps, j'ai vaguement parlé, ici ou là, d'une opération au printemps, sans entrer dans les détails, mais en disant que la convalescence allait me laisser un peu de temps pour la lecture et les films, chose qui manquait cruellement depuis quelques temps.

Mais je n'avais pas précisé plus. Sauf que je me dis que pas mal de lecteurs sont des lectrices, qui peuvent aussi avoir le même genre de problème que moi, et qui peuvent être intéressées par un témoignage.

La chose pour laquelle j'ai été opérée n'est pas grave en soi, rien de vital et j'aurais très bien pu continuer à vivre très longtemps comme ça, sauf que... ça me pourrissait littéralement l'existence depuis la 5°: hypertrophie mammaire. Je vais donc parler de mes seins sur la toile. Donc si ça ne vous intéresse pas, vous êtes libres de zapper ce sujet.

LE PROBLEME:

Entre l'été dernier, au moment ou le projet a enfin pris une sorte de réalité quand j'en ai parlé à mon médecin traitant et maintenant, je  suis passée par tout un tas d'états mentaux: n'en parler à personne hormis ma mère parce que ça ne concerne personne d'autre que moi; puis en parler à mi-mot à mes collègues (femmes) de travail avec qui je m'entendais bien; et à la chef pour lui dire qu'il y aurait "probablement" une opération au printemps, lui expliquer.. et voyant que tout était bien reçu, en parler de plus en plus franchement, en voyant qu'on ne se foutait pas de ma fiole.

Honnêtement, ça n'aurait pas été le cas dans mon ancien service, où tout le monde déblatérait sur tout  et surtout sur les faits et gestes des autres, et où sans rien demander, j'avais eu droit à des " tu as de la chance, tu as une grosse poitrine, les hommes te regardent" par des collègues jalouses de mon 105 F naturel.. qui ne me croyaient pas quand je leur disait que loin d'être une chance, pour moi c'était plutôt une honte ultime, que je me passerais bien des regards qui me mettent mal à l'aise, d'être considérée comme une paire de seins sur pattes, que j'avais de fait beaucoup moins de succès qu'elles ne se l'imaginaient, et que je me passerait surtout des torticolis et problèmes d'épaules à répétitions causés par ces... melons.
Et en plus c'était la galère et la ruine pour trouver des soutien-gorge n'ayant le choix qu'entre les modèles de grand-mère ou les modèles d'arrière-grand-mère.
Et même pas au rayon sport, puisque pour la santé faut faire du sport-> pour faire du sport, faut un soutien-gorge adapté-> ha non, y'en a pas au delà du bonnet D. La quadrature du cercle.

Donc de semaine en semaine, j'ai fini par en parler... à tout le monde, hommes, femmes, proches moins proches. Parce qu'au final, je me suis dit que, tant que je m'auto-censurais en me disant que c'était un peu la honte de parler ouvertement de mes nichons à des gens, rien ne changerait.
Et que je n'avais aucune raison de ne pas répondre franchement à la question " tu te fais opérer de quoi?". Parce que je voulais que les gens prennent conscience que ce n'était pas une lubie pour être plus sexy, plus attirante ou que sais-je mais surtout un VRAI problème, avec des répercussions de santé, que peut-être ils n'auraient pas imaginé, et que si ça faisait reconsidérer la chose à ne serait-ce qu'une seule personne, ça serait pas mal.
Parce que oui, on peut ne pas être concerné soi même parce qu'on est un homme ou une femme sans ce problème, et simplement ne pas y avoir réfléchi... et avoir cependant une soeur, une fille, une mère, une cousine, une copine etc.. pour qui ça sera une galère quotidienne , et qui n'osera pas en parler par crainte des remarques déplacées

Censurer tout ça, c'était cautionner le regard "seins = truc sexuel", en parler librement, c'était conduire l'interlocuteur-trice à déplacer le regard dans la zone " seins = partie du corps comme une autre". Si la personne en face est gênée, c'est son problème en fait pas le mien, et ça en dit beaucoup plus long sur elle et ses préjugés que sur moi.

On m'a donc enlevé 590g de poitrine de chaque côté, le 19 mars dernier, donc quasiment 1,2 kilos de poitrine. C'est loin d'être un record, mais depuis je revis. Exit le 105 F, me voilà revenue à un beaucoup plus raisonnable 100 C,

Je ne regrette absolument pas d'avoir pris la décision de passer sur le billard, après l'avoir repoussée depuis 20 ans.

D'une part parce que les choses ont été très dures mentalement, surtout au collège et encore un peu par la suite. Je suis passée de pas de seins du tout en 5° à un bonnet D dès la 3°. Avec les remarques bien fines qu'on peut supposer de la part de collégiens en pleine poussée d'hormones pour qui " camion pouet-pouet" était la blague la plus drôle du monde ( avec sa variante  " tu connais "Elvis Presse-les"?) et de collégiennes jalouses là encore, de ce qu'elles fantasmaient dans leur petites cervelles.

D'autre part parce que.. aïe. Les cervicales allaient de plus en plus mal, et je n'avais aucune envie de finir avec un rhumatisme chronique d'ici quelques années. Sans compter le ridicule qu'il peut y avoir à devoir tenir ses nichons dans ses mains lorsqu'on court pour attraper le bus. Ou de taper involontairement sur le clavier sans les mains au travail. Ou d'allumer la plaque de cuisson en me penchant au dessus. Ou de se prendre toutes les poignées de porte parce qu'on a mal jaugé la distance. Je vous laisse apprécier le tableau.

LA SOLUTION

Donc concrètement, comment ça s'est passé?

J'ai commencé à évoquer le sujet avant l'été avec mon médecin traitant, qui m'a demandé de revenir à la rentrée, juste histoire de voir si mon idée tenait la route, si ça n'était pas une lubie. Et faire un bilan de santé au bout duquel il a donné son aval ( en disant " dans ton cas, il n'y a pas de contre-indication, tu m'aurais dit vouloir te faire gonfler la poitrine,j'aurais cherché à savoir pourquoi,mais là ta demande est légitime".. oui il me traite depuis les 8 ans, j'en ai 41, donc il me tutoie, c'est normal)
A l'issue de quoi; il m'a envoyée chez le chirurgien avec une lettre. Il y a 4 chirurgiens qui s'en occupent sur ma ville, il m'a donc envoyée chez celui qu'il considérait le plus sérieux.

Rendez-vous mi-janvier, le chirurgien me prévient honnêtement qu'il n'est pas conventionné et qu'il me restera à payer 1800€ de ma poche, et que si je voulais, je pouvais avoir la même opération gratuitement à l'hôpital, car ma demande est tout à fait dans le cadre médical, et remboursable par la sécu.
J'ai attendu 20 ans pour ça, j'ai attendu d'avoir des sous, et je fais toute confiance à mon médecin traitant pour la raison sus mentionnée: il me soigne depuis plus de 30 ans. Mais j'ai le choix, et il n'a pas essayé de me vendre " de force" d'autres services. Donc tant pis pour les sous, j'ai prévu large, je choisi cette option. La date d'opération est donc fixée au 19 mars, ce qui me laisse le temps  de prévenir ma chef, pour qu'elle trouve quelqu'un pour me remplacer le temps de l'opération et de la convalescence, et de passer les examens nécessaires ( mammographie, analyse de sang, rendez-vous anesthésiste, achat des pansements et du soutien-gorge de contention..)

L'opération elle même dure environ, quasiment en ambulatoire ( rentrée le lundi à 11h00 sortie le mardi à peu près à la même heure), et j'ai vu d'énormes progrès par rapport à ma précédente opération ( ablation de la vésicule biliaire  10 ans plus tôt): maintenant on vous propose une culotte d'opération en non-tissé, ce qui permet de ne pas passer 24h00 les fesses à l'air, l'anesthésiste a bien pris en compte mes difficultés lors de précédentes anesthésies générales, où j'ai vomi tripes et boyaux ( désolée!), à cause du machin-profène utilisé pendant l'opération. Dès qu'il y a -fène quelque chose dans un médoc, c'est la nausée assurée) et a ajouté à son cocktail de molécules un anti nauséeux, ce qui fait que j'ai beaucoup, mais alors beaucoup mieux vécu le réveil, sans manquer m'évanouir 3 fois en allant aux toilettes, en en vomissant juste une petite fois.

La douleur post opératoire aussi, est beaucoup mieux prise en compte.
Donc si vous repoussez une opération quelle qu'elle soit à cause de l'anesthésie, ben voilà: les choses se sont beaucoup améliorée depuis 10 ans.
Et au réveil, tadam! un énorme pansement bien raide en forme de soutien-gorge, qui est enlevé heureusement le lendemain pour d'autres plus modestes.

oui j'ai pris une photo pour montrer à la base à ma mère et mes amis, mais voilà ce qui vous attend si vous subissez ce genre d'opération. C'est très raide. Et très désagréable à enlever surtout quand on a une peau sensible,  faut le savoir. Les pansements suivants sont beaucoup plus raisonnables en taille, mais pas forcément moins pénibles à enlever.

S'ensuivent quelques semaines de convalescence ( 3 pour moi, car il m'arrive de porter du poids au travail, et je m'y rends à vélo, et ça.. Nein! Niet. Dame desu! Ca aurait été plus probablement 2 semaines si je n'avais pas été quasi sure d'être seule au travail sans personne pour m'aider à porter des trucs), pansement à domicile quotidiennement par une infirmière, retrait des points. Le truc relou: devoir garder nuit et jour le soutien-gorge de contention pendant un mois, et mal dormir, parce que je ne vous le cache pas, quand on a tendance à bouger beaucoup en dormant, la douleur réveille et j'ai du transformer mon lit en montagne de coussins pour être calée de tous les côtés.

Faut juste prévoir des activités calmes pour les semaines là, de la lecture, écouter de la musique, ne pas faire de sport..( yep.. consignée à la maison: je peux enfin rattraper mon retard en films, séries, et me remettre à niveau en langues étrangères..et faire au passage une petite cure de repos parce que les derniers mois ont été nerveusement compliqués au boulot )

LA SUITE:


Et donc voilà, on m'a enlevé les points hier, le 29/03 donc, 10 jours après opération..oui, j'ai un facteur de guérison façon Wolverine, ce n'est d'ailleurs pas toujours un avantage dès que ça implique des points. C'est assez compliqué de faire comprendre que oui, je cicatrise trèèès vite et qu'une durée " normale" pour quelqu'un d'autre est trop longue pour moi, retirer les points devient alors très difficile et douloureux. Mais le chirurgien a finalement accepté de me recevoir 6 jours plus tôt que prévu, a constaté que je ne pipeautais pas,  et à enlevé les points. Comme je suis très chanceuse ( gag!) il en reste 2 qu'il n'a pas vus à cause du sang séché, une infirmière va me les enlever ce soir, pour ne pas attendre mardi prochain, puisque We prolongé, le chirurgien n'est pas là plus tôt ( re-gag!). Enfin, déjà,sans (la majeure partie des) points ça va beaucoup mieux, je peux me re-doucher normalement, me laver les cheveux, bouger sans craindre de tirer dessus et de me blesser. Ou de marcher sur des oeufs en évitant tout le monde pour ne pas risquer d'être bousculée.

Le résultat est.. je l'avoue, surprenant.
Il va me falloir quelques temps pour m'habituer: que les cicatrices diminuent, que les énormes bleus et les gonflements disparaissent et pour m'habituer à l'idée de ne pas avoir une poitrine qui pendouille. Je n'ai jamais connu ça, et du coup ça donne un peu l'impression d'avoir de faux seins au bord de l'explosion, mais tenus par un soutien gorge invisible ( ce qui est tout à fait ça, à cause des points internes qui vont se résorber d'eux-mêmes.. je suis prévenue qu'il faut bien 6 mois pour que le résultat prenne une forme stable.

Mais ça, vous ne le verrez pas! :D

vendredi 23 mars 2018

12 contes de Guyane - Yves-Marie Clément

Dans la foulée de mon voyage sur ce bout de France sud-américaine il y a 2 ans, j'avais ramené ce petit livre, en attendant une occasion de le lire. Elle est toute trouvée.
Après la neige de Sibérie, direction la chaleur de la forêt équatoriale.

Le livre est en fait un recueil de contes de diverses origines, car la population guyanaise est d'origines variées suite aux différentes vagues de migrations, et répartie sur un vaste territoire ( le département à lui seul a une surface proche du quart de celle de la métropole).

On y retrouve donc des histoires wayana et galibi ( ethnie améridiennes), noir-marron (  groupes descendants des esclaves africains) et créoles ( descendants d'européens et métis). Encore qu'après des siècles de métissage, bien malin qui peut dire qui descend de qui...

Donc pour se faire une idée, une carte:


Le territoire wayana se trouve sur le haut du fleuve Maroni ( qui sépare la Guyane du Suriname), les noirs-marrons plus bas en direction de l'embouchure, les indiens Galibi juste à côté de l'embouchure vers Mana et Awala-Yalimapo - j'aime ce nom!- et les créoles répartis dans les villes côtière.

Je n'ai pas eu la possibilité hélas de m'aventurer vraiment dans les terres,  un peu moins de 3 semaines, mine de rien c'est court, je suis restée près de la côte: Cayenne, Kourou, Sinnamary, Iracoubo, Saint Laurent et Cacao, c'est déjà pas mal. Mais franchement, j'ai adoré ce voyage, et j'espère bien avoir l'occasion d'y retourner et d'aller un peu plus dans les terres la prochaine fois.

C'est parti pour 12 contes guyanais, qui mettent souvent en vedette la faune locale: jaguars, serpents, tortues, araignées, pécaris, singes..

Les contes Wayana:
-" Pourquoi les morts ne reviennent jamais au pays des vivants": un vieil indien qui va mourir demande à être crématisé ce qui, il l'espère , lui permettra de revenir vivre parmi les vivants. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et le village n'est pas vraiment ravi de ce retour spectral.

-"Makali et l'Anaconda" raconte comment les humains et les serpents sont devenus ennemis: un serpent a mis enceinte une jeune indienne le jour de son passage à l'âge adulte ( l'anaconda guyanais a semble-t-il  la même compétence que les serpents mythiques du Japon: pouvoir prendre une apparence humaine pour tromper les gens)

Un conte Galibi " la naissance des pakiras" nous raconte l'origine des pakiras ( pécaris): un vieil indien ( encore) envoie son beau-fils dans la forêt pour lui ramener un gibier "qu'il n'a jamais goûté" , or le pépé a déjà goûté tout ce qu'on peut imaginer en matière de bestioles de la jungle.
Le beau-fils rencontre un chasseur inconnu, qui lui fournit ce qu'il cherche: un pakira, alors inconnu dans le coin, contre la promesse que seul le vieux en mangera, et personne d'autre.
On sait ce qui se passe dans ce cas là: le gendre respectera l'interdit.. mais pas le reste du village. Qui va subir le même sort que les parents de Chihiro dans le dessin animé de Miyazaki. Car le chasseur inconnu est probablement un Yolok, un esprit de la forêt, qui avant enchanté le gibier.

ouf, je n'aime beaucoup pas la viande, je n'en ai pas mangé, j'ai évité d'être changée en pécari!
 Krik! ( en métropole, la phrase qui ouvre un conte est " il était une fois", les conteurs créoles attirent l'attention, apprend-on en préambule, en prononçant" Krik" à quoi l'auditoire répond "Krak!", c'est parti pour les contes créoles.

- Compère Mulet et Compère Cheval narre la triste histoire du cheval et du mulet d'Augustin Cetout de Cayenne. Leur maître fait preuve de beaucoup d'injustice: le cheval a droit à tous les égards, le mulet, bête de somme, n'est bon qu'à travailler sans jamais obtenir d'aide de son camarade.. qui regrettera  amèrement d'avoir été si fier lorsque le mulet meurt de fatigue et qu'il doit prendre le relai.

- Le héron et la sarigue nous explique pourquoi les hérons se perchent sur une seule patte: un fermier de Saint Laurent du Maroni lassé de voir les sarigues lui manger ses poules engage un héron de garde car le chien n'arrivait pas à contrer les sarigues. Les deux animaux particulièrement malins développent vite une rivalité, chacun cherchant à tromper l'autre: les hérons apprennent à se tenir sur une patte, puisque les sarigues cherchent à se venger d'un oiseau à deux pattes.

Une sarigue, plus connue sous le nom d'opossum: oui il faut imaginer cette petite bestiole en redoutable croqueur de poules
- la vengeance de la tortue: cette fois c'est le roi de Cayenne qui a un souci de poulailler: le jaguar lui croque toutes ses poules, et il promet une belle récompense à qui l'en débarrassera. C'est une astucieuse tortue qui va trouver la solution ( et par la même occasion se venger du jaguar  qui se moque d'elle et de sa lenteur). Où on apprend au passage que la tortue a des compétences légendaires de cuisinière, et que ses crabes farcis flambés au rhum sont connus dans toute la région.

- la splendeur du coq: on retrouve le jaguar, roi de la forêt, bien en peine car il s'est coincé une arête dans le gosier au cour d'un banquet. Il lui faudrait boire une bonne quantité d'eau pour la déloger mais les animaux de sa cour ont trop peur des esprits des eaux ( en fait des insectes sur la rive) pour aller en chercher. Le coq,volatile au plumage terne, qui ne craint pas les insectes puisque lui et sa famille s'en régalent depuis toujours. En échange du service rendu, le coq se verra doté du titre de roi de la basse cour et d'un plumage magnifique.

Contes noirs-marron: ils mettent souvent en avant un héros récurrent nommé Anansi, homme ou homme araignée, qui a une certaine parenté avec les légendes africaines.

- La ruse d'Anansi: Le roi de Guyane, vieillissant, ( son espèce n'est pas précisée cette fois) convoque ses sujets -animaux et leur promet la main de sa fille, et le trône à la clef, à qui lui ramènera le plus beau bateau imaginable.Impossible pour tout le monde, sauf pour Anansi rusé ( et très peu honnête!), qui accepte le défi, mais demande au roi de lui donner un grain de maïs. Descendant le Maroni en Pirogue, il va peu à peu échanger ce grain contre des biens de plus en plus précieux ( poule, cochon, vache, etc..) jusqu'à entrer en possession du fameux bateau.

- Anansi et Monsieur Dédé: Monsieur Dédé dans les contes noir-marron représente i plus ni moins que l'esprit de la Mort (oui, Dédé, ça ne fait pas trop peur, mais c'est apparemment une déformation du mot "dead"). Anansi cette fois est un chasseur humain,qui trouve de moins en moins de gibier. Il découvre un jour son voisin, le mutique monsieur Dédé, qui a fait une razzia de gibier qu'il est en train de boucaner a cette époque la mort ne s'occupait pas des humains, seulement des bestioles de la forêt, mais par la faute d'Anansi qui s'est mêlé des affaires de Dédé, ce n'est plus le cas. Et depuis ce jour, Dédé attend patiemment pour tous nous boucaner à notre tour...

-Macaque et Caïman: un macaque affamé en quête de nourriture trouve un arbre couvert de fruit sur l'autre rive d'une rivière: mais la rivière est en crue et le singe ne sait pas nager. Mais les singes sont malins, et le macaque demande de l'aide pour traverser au caïman qui barbote, en lui promettant un autre service à l'occasion: Catastrophe! Arrivé au milieu de la rivière le caïman dit que sa femme est malade et qu'il a besoin d'un coeur de singe pour préparer le remède. Par chance l'arbre porte de gros fruits rouge, le singe prétend donc que ceux de son espèce ne trimballent pas leurs coeurs tout le temps avec eux, mais les lavent régulièrement et les suspendent aux arbres pour les mettre à sécher. et bien malin qui fera descendre un singe d'un arbre une fois qu'il s'y est perché.

- Singe rouge et Singe noir: les kwata ( singes araignées noirs ) et les babounes ( singes hurleurs roux ) se détestent. Mais il n'en a pas été toujours ainsi.Ils s'entendaient bien, malgré leurs caractère opposés, et leurs couleurs alors inversées, jusqu'au jour où pour les beaux yeux d'une guenon qui voulait le voir en rouge, le fêtard baboune a emprunté le costume rouge du kwata mais ne le lui a pas rendu dans le délai imparti. Depuis leurs couleurs sont inversées.. et les deux s'évitent comme la peste.

-Lessa, née de l'écume: Koba, une petite fille qui n'a ni frère ni soeur s'ennuie.Un jour,alors qu'elle aide ses parents à faire la vaisselle à la rivière avec un gros savon, elle trouve la mousse brillante très jolie avec ses reflets irisés et la ramène chez elle dans un seau, avant de retourner chercher la vaisselle. Lorsqu'elle revient dans sa chambre, la mousse s'est changée en petite file, qui lui dit être sa soeur, et s'appeler Lessa. Les parents l'adoptent et Lessa leur explique qu'il ne faudra jamais l'appeler " écume", sinon elle se retransforma en mousse. Tout se passe bien, jusqu'à ce qu'évidemment, Koba laisse échapper le mot fatidique lors d'une dispute.
Autre version

Voilà, 12 textes, c'est peu, mais c'est déjà une découverte sympathique des contes méconnus d'outre-mer, volontiers glauques et cruels d'un point de vue métropolitain, il faut le dire, particulièrement les cultures améridiennes ou noir-marron qui n'ont pas le même tabou sur la mort que celui qu'on trouve souvent en Europe: pas de happy-end pour adoucir la conclusion.

Pour les curieux,voici d'autres textes guyanais en libre accès.

Le même éditeur, flammarion jeunesse propose d'autres recueils venus d'autres régions de la planète, j'avoue que je suis assez tentée par les contes africains et ceux du Tibet.


Oué! Doublette mois des contes et légende, et thématique " contes" du challenge Amérique du sud et Latine,car oui, même si elle n'est pas hispanophone ou lusophone, la Guyane est en Amérique du Sud, donc ça compte :)
Et en plus, c'est le même blog qui organise re :)


mardi 20 mars 2018

C'est le printemps!

20 mars, donc officiellement oui, c'est le printemps ( l'équinoxe a eu lieu vers 16h15, par là...)
Et mois des contes et légendes oblige, et puisque j'ai déjà plus ou moins parlé d'Ostara , la représentation germanique du printemps ( Ostara -> Easter, Ostern la fête a gardé dans son nom l'origine païenne dans le monde germanique), il y a Maïa en Grèce antique ( fêtée en mai, là aussi le nom du mois a gardé la trace de la déesse à laquelle il était dédié), Perséphone est aussi liée à l'idée du printemps, Chloris ( chloros= vert ) et Flore chez les romains.

Donc des femmes, des plantes, de la verdure, de petits animaux qui commencent à se montrer, plus ou moins tôt selon les régions.

Mais puisque j'étais du côté de la Russie ces temps-ci, j'y reste , parce que ENFIN, une autre représentation que la fille avec un bouquet de fleurs.
Et là, c'est pour nous, amies lectrices  ( ou peut-être certains lecteurs, après tout, hein, chacun et chacune son kif).
Je ne vous cache pas que plutôt que l'accorte jeune femme, mes préférences me portent vers le sympathique personnage qui va suivre.

Je vous présente donc Yarilo, dieu  du printemps de la mythologie slave avec un peu d'avance puisque climat oblige, la fête russe du printemps tombait le 1° juin ( en fait, le dieu en question était fêté à plusieurs reprises de fin février, date de sa supposée naissance, jusqu'au solstice d'été, date du "mariage mystique " du dieu avec Morana la déesse de l'hiver et de la mort - qui est aussi sa soeur au passage, une constante dans toutes les mythologies. au passage, il y a un paquets de dieux solaires chez les slaves, pas toujours évident de s'y retrouver avec Dajbog, Khors, Koupalo, Svetovid... On sent que les gens se languissaient de la lumière et de la belle saison...)



Dieu du printemps, donc, logiquement, de la végétation, du bétail, de la fertilité, du renouveau,du soleil...mais aussi des galipettes dans la verdure si vous voyez ce que je veux dire. Dieu des forces vitales et de la nature, c'était inévitable.
Mais on ne cocufie pas impunément la déesse de la mort.

Ce qui lui vaut donc d'être trucidé et découpé en rondelles par sa femme et frangine, qui prend très mal la chose... mais culpabilise le reste de l'année ( d'où l'automne et l'hiver, c'est Morana qui regrette son acte, pendant que Yarilo fait des allers-retours entre le monde des vivants et celui des morts, d'années en année. Faut dire qu'elle n'y est pas allée de "main-morte" et va jusqu'à se construire une maison avec les morceau de son mari-frère. Oui, elle peut s'en vouloir, c'était quand même un poil exagéré comme vengeance pour une paire de cornes!)

Des thèmes communs avec d'autres mythologies donc, le meurtre d'Osiris, l'enlèvement par le dieu du monde des Mort ( qu'on retrouve dans l'histoire de Perséphone avec les allez-retours dans l'au-delà au rythme des saisons), des attributs proche de Baldr en Scandinavie, une soeur jumelle comme Apollon également dieu solaire...



Mais cette fois, il s'agit d'un charmant monsieur pas farouche du tout, monté sur un cheval ( ce qui lui a valu lors de la christianisation du monde slave une assimilation avec saint Georges), voire qui est parfois représenté sous la forme d'un cheval ( et là aussi, ça rappelle quelqu'un). Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai une soudaine envie de me convertir au paganisme, qui sait, p't'être que ça suppose d'aller  visiter les meules de foins en compagnie d'un dieu slave très avenant. 

Je vous vois venir. Pour aller chercher des oeufs, bien évidemment. C'est d'ailleurs bientôt Pâques chez les chrétiens non?
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Ok, j'avoue, j'avais vraiment envie de faire ce jeu de mot inter-linguistique olé-olé, va pour le mini cours de langue:  plus encore qu'en français, le mot " oeuf" en russe est un gros double-sens, quand c'est employé familièrement, ça ne désigne ABSOLUMENT pas une décoration hors de prix signée Fabergé. Mais ça reste dans l'idée d'un précieux héritage familial, v'voyez?

Aheum.

Donc, c'est aussi pour moi l'occasion de vous faire découvrir un groupe de Pagan -metal russe, que j'aime beaucoup, et dont le morceau le plus connu fait référence justement au dieu Yarilo et aux anciennes fêtes du printemps. 
Attention,la chanteuse dépote terriblement, la première fois que j'ai entendu le morceau à la radio ( je vous ai déjà parlé de clair -obscur sur radio Raje ), j'ai cru que c'était un duo, mais.. non.
Cette nana a une énergie communicative, ça m'éclate totalement. Bon elle risque vite d'être totalement aphone, mais tel quel j'aime bien.
 Dédié à tous ceux qui pensent que le seul metal qui peut plaire aux femmes, c'est le symphonique ou les trucs rêveurs qui parlent d'amour et  -un peu- de mort



Apparemment l'intégration vidéo déraille donc clic clic. Et pour une traduction en anglais du texte, c'est ici ( désolée je n'ai pas en français, mais c'est compréhensible)

Et maintenant le sujet qui fâche:  car comme ce qui se passe dans les pays du nord autour de la mythologie scandinave, je dois dire que les folklores et emblèmes païens slaves ne sont pas repris que par des groupes de metal, mais aussi hélas par des groupes politiques identitaires, et donc il y a le risque une fois de plus de passer pour limite réac à dire qu'on aime le pagan metal ( alors que c'est aussi réducteur que de dire que tous les skinheads sont néonazis, parce que c'est la fraction qui se fait remarquer et qui est le plus souvent mise en avant dans les médias). Ceux qui me suivent et ou me connaissent IRL savent que ça n'est absolument pas mon genre, bien au contraire, c'est justement parce que je suis curieuse de tout que je vais voir ce qui se passe hors des arbitraires frontières du pays où le pur hasard m'a faite naître.

Et oui je suis capable d'enchaîner un sujet musical sur des morceaux très sentimentaux de Tchaïkovsky et de parler ensuite de Metal. Même pas peur. Sauf de Morana, parce que quand même sa colère est redoutable. Va falloir redoubler de prudence pour la chasse aux oeufs :D

samedi 17 mars 2018

Les deux Ivan (contes russes)

Toujours dans ma logique Hiver Russe, que je fais durer tant que possible et puisque c'est le mois des contes, je vous présente 2 héros très connus, qui partagent le même prénom.

Tout d'abord il y a le versant populaire: Ivan-dourak ( Ivan le sot, ou le crétin.), 3° fils d'un paysan, et bon à rien patenté, qui passe sa journée à glandouiller près du poêle.  Il  réussit parfois des choses quand il daigne se donner du mal, mais plus par chance ou par hasard que par réelle compétence.


En fait plus que crétin, il est surtout du genre.. dingue.  Il suit sa pensée biscornue qui le pousse à faire des choses qui n'ont pas de bon sens, mais avec une certaine logique très personnelle: on l'envoie au marché acheter une table, il revient sans la table: en comparant avec son cheval qui peut marcher seul, il en déduit que la table, puisqu'elle a 4 pattes, rentrera bien toute seule s'il la met sur le chemin. Ou jette de la nourriture à son ombre: si elle le suit partout, c'est qu'elle a faim, et donc s'il lui donne à manger, elle lui fichera la paix...

Malheureusement, les "prouesses"de ce personnage bizarre sont difficiles à trouver en ligne, et les traductions les font plutôt ressembler un catalogue d'anecdotes sans queue ni tête ou de proverbes décousus. Attention, je vous préviens, cet Ivan là a une nette tendance à martyriser les animaux ( en même temps, vu la manière dont ses frères passent leur temps à lui casser la gueule à chaque fois qu'il fait une ânerie, il peut difficilement être équilibré. Bonjour la famille dysfonctionnelle. Enfin,autres temps autres moeurs)

Cependant,j'ai réussi à trouver un conte complet, Sivka Bourka, où Ivan le sot, parce qu'il est le seul à respecter les rites funéraires demandés par feu son père, va gagner un cheval magique, offert par le fantôme du paternel au seul fils qui respecte sa promesse.
Et réussit donc, de péquenaud peu présentable et glandeur qu'il est, à se hisser au rang de beau-fils du tsar, et même à avoir une certaine tenue à partir du moment où on le traite correctement. Mais il va quand même buter 3 chevaux dans la manoeuvre et je n'arrive pas à comprendre la logique là-dedans ( manque dans la traduction? Implicite qui remonte à la nuit des temps et aux sacrifices d'animaux?)

Passons à l'autre Ivan qui a droit  beaucoup plus de ressources en ligne que son homonyme: Ivan -tsarevitch, soit Ivan-fils-de-tsar. De suite, ce n'est plus le même standing.

Ivan-tsarevitch est riche, noble, bien éduqué, mais n'a pas grand espoir d'être un jour tsar étant lui aussi le 3° de sa famille, si le destin ne lui donne pas un coup de pouce. Il n'est pas toujours très malin lui non plus,  et même parfois franchement bêta, mais au contraire du premier Ivan, il est travailleur et de bonne volonté, contrairement  à ses deux brutes de frères qui font tout pour en faire le moins possible en récoltant les lauriers. Et quand je dis tout, ça va jusqu'au meurtre. Ouil, le malheureux Ivan va finir découpé en morceaux dans plusieurs histoires. MAIS, comme il est gentil avec les animaux de la forêt ( LUI! ), il se  retrouve avec un bon paquet d'alliés non humains et qui le sortent de toutes les épineuses situations, y compris lorsque qu'un vilain sorcier le coupe en morceau, met les morceaux dans un tonneau et jette le tonneau à la mer.. C'est mignon les contes...

Oui, Ivan-tsarevitch pourrait être aussi surnommé Ivan-la-poisse, parce que ceux qu'il doit affronter ne sont ni plus ni moins  que sorcière  Baba-Yaga et le sorcier Kochtchei l'immortel.
Plus que réellement immortel il a scellé sa mort dans tout un tas de dispositifs de sécurité: au bout d'une aiguille, cachée dans un oeuf, l'oeuf dans une cane, la cane dans un lapin, le lapin dans un coffre, le coffre entouré de chaines et enterré sous un arbre, le tout dans une île isolée au milieu d'un lac au bout du bout du monde. Il faut casser l'aiguille pour le tuer. BOSS FINAL!
J'avais entendu cette histoire quand j'étais toute jeune, et elle m'avait marquée sans que je me souvienne exactement d'où ça venait.

Les contes le mettant en scène sont plus faciles à trouver , car elle reprennent le schéma héroïque classique et ont donc été plus adaptées au théâtre, en musique etc... ( va faire un ballet entier avec un benêt qui jette du pain à son ombre) ou comme motifs décoratifs de petites boîtes en papier laqué. J'en ai une chez moi représentant l'Oiseau de Feu, sujet fétiche de la ville de Palekh, je vous laisse admirer l'artisanat

Et donc on va trouver Ivan Tsarevitch dans 3 histoires très connues:


La grenouille tsarine: le père d'Ivan et ses frères décide de marier les 3 rejetons en laissant le hasard décider: chacun va tirer une flèche en l'air et épouser celle qui va la ramasser. Les deux ainés ont de la chance car ce sont des femmes riches et de la haute société qui les ramassent. Pour Ivan, c'est une grenouille qui ramasse la flèche. Mais le tsar n'en démord pas: le fait d'être une grenouille n'est pas disqualifiant.




Et va pousser le cynisme jusqu'à faire passer des épreuves de couture et de cuisine à ses belles-filles, histoire de ridiculiser Ivan et sa grenouille.
Petit détail qui change tout, et qui ne semble avoir étonné personne, la grenouille parle. C'est évidemment une magicienne, nommée Vassilissa l'astucieuse, qui a été transformée en grenouille par son père le sorcier Kochtchei, parce qu'elle est TROP maline. Et c'est grâce à la cervelle de Vassilissa et à l'aide des animaux qu'il a accepté d'épargner qu'Ivan va se sortir de cette situation étrange ( parce que tout seul, ahem.. il est plutôt du genre gaffeur!)

Maria Morevna ( Maria de la mer): Cette fois l'ami Ivan n'a pas 2 frères mais 3 soeurs qui se sont, elles mariées à des animaux: un faucon, un aigle et un corbeau respectivement ( des magiciens capable de se transformer en oiseaux, vous l'aurez deviné). Voulant leur rendre visite, il tombe sur une armée en déroute qui vient d'être écrasée par Maria Morevna, aussi fine stratège que guerrière redoutable.



Et en amour comme à la guerre, Maria attaque la première et sans sommation: Ivan lui plaît, elle l'épouse sur le champ, le colle à l'intendance du domaine et repart guerroyer.

Sauf que comme un autre personnage de conte, Maria cache un secret dans une pièce, et elle a bien recommandé à Ivan de ne pas y entrer. Vous devinez la suite ( non elle n'a pas planqué les cadavres de 12 précédents maris). Ivan entre, gaffe encore une fois, et libère le sorcier Kochtchei, encore lui, que Maria avait fait prisonnier. Evidemment, il va vouloir se venger, et là encore il va falloir l'aide d'animaux ( les beaux frères cette fois) et l'astuce de Maria, séquestrée à son tour par le sorcier, qui loin d'être une passive victime, soutire des informations capitales à Kochtchei afin de les donner à Ivan en douce.

le sorcier Kochtchei ferait son petit effet à Halloween

J'ai lu cette histoire pour la première fois, je devais avoir une douzaine d'années, et bien entendu elle m'a beaucoup marquée. Une héroïne à poigne qui a oublié d'être bête, même à cette époque, c'était suffisamment peu commun pour me plaire. Oui facilement mon favori, tout contes confondus, et pas seulement russes.

L'oiseau de feu: le plus connu des trois, ne serait-ce que par la musique de scène d'Igor Stravinsky pour le ballet du même titre.
Vous croyiez que j'allais vous laisser tranquille avec la musique? C'est mal me connaître! Déjà parce que j'adore l'intro ( tout dans les graves, et oui... basson... et je peux vous dire que j'ai vu la partition, et c'est tout sauf facile, et les bassons ont une très grosse partie solo, pas question de la louper.



Et pourtant il y a quelques différences entre l'argument du ballet ou de la suite orchestrale.
Déjà Kachtchei ( encore?! Ca fait deux fois qu'on te tue,l'immortel!) n'y apparait pas, contrairement à l'adaptation. Dans le conte, l'oiseau qui mange nuitamment les pommes du tsar est l'animal de compagnie d'un autre tsar. Mais il fallait concentrer l'action je suppose et lui donner un côté plus fantastique, tout en rendant la chose scéniquement réalisable en 1910.Ainsi il n'y a pas la série de voyages d'Ivan à dos de loup, exit Hélène-la-belle ( tant mieux, c'était surtout Hélène la potiche, mais le loup me manque)

Donc un oiseau " de feu" ( ne me demandez pas ce que c'est, je suis nulle en ornithologie) mange les pommes d'or du jardin du tsar Demian. Le tsarevitch Ivan réussit cependant a attraper l'oiseau par la queue, mais l'oiseau s'enfuit en lui laissant seulement une plume comme pièce à conviction. Voyant la jolie plume, le tsar décide d'envoyer ses fils attraper l'oiseau qui appartient à Afrone, tsar du pays voisin, quitte à le voler.




Face à un choix absurde: mourir, souffrir de la faim ou perdre son cheval, Ivan choisit logiquement la dernière solution, son cheval sera mangé par un loup,qui, en échange le guidera vers l'oiseau, et lui prodigue de bons conseils.. qu'Ivan, en bon gaffeur, ne suit pas: passe discrètement chez le tsar machin, attrape l'oiseau, mais n'emporte pas la cage-> ha mais sans cage je ne peux pas emporter l'oiseau et puis la cage est jolie->déclenchement d'un système d'alarme qui réveille tout le monde-> capture d'Ivan qui échange sa liberté et l'oiseau en cadeau contre la mission d'aller récupérer le cheval d'Afrone chez le tsar d'à côté-> surtout ne te fais pas prendre comme un bleu-> re-gaffe-> re-mission-> re-voyage->re-gaffe..
Sérieusement, c'est presque un gag à ce niveau, tellement il y a de quêtes imbriquées, j'attends "l'oiseau de feu, le jeu vidéo".

Jusqu'au moment où il doit enlever Hélène la potiche la belle pour le compte d'un autre tsar, mais envoie le loup à sa place pour éviter une gaffe, Hélène s'évanouit à la vue du loup, et hop, chargée comme un paquet sur le dos du loup chevauché par Ivan. Et comme elle a un syndrome de Stockholm foudroyant, se rendant compte que sur le loup, il y a un charmant ( et riche) monsieur, elle en tombe amoureuse aussi sec. Le fait qu'elle ait été enlevée de force... bah, non pourquoi, c'est important?

non seulement le loup arrive à porter 2 personnes sur son dos et à courir, mais en plus c'est vraiment le personnage plus intelligent de toute l'histoire.

Vous la sentez la déception? Oui, après Maria de l'histoire précédente, ça fait mal. Hélène, c'est l'équivalent local de la belle au bois dormant, 2 lignes de dialogue et encore moins d'utilité. Oui je préfère encore pas de personnage féminin dans l'histoire qu'une nana qui ne sert absolument à rien.
Je note par contre que si elle s'évanouit parce qu'elle voit un loup, sa réaction quand on décapite quelqu'un sous ses yeux et qu'on lui pointe une épée sur le ventre est de " crier et sangloter"  Revois tes priorités, et cooooooooours!
Ou au moins évanouis -toi de choc, cette fois ça serait logique..
Mais décidément le loup est génial.

Voilà, 4 contes qui ont en commun le nom du héros. A l'origine j'aurais voulu parler de Vassilissa Mikoulichna, personnage de "chevalière" issue d'une épopée, capable de battre les hommes à la fois par la ruse et par la force, à l'escrime autant qu'aux échecs, et qui se fait passer pour un homme et ce afin de libérer son ( crétin de) mari emprisonné... Et cette histoire qui inverse les références habituelles ne date pas d'hier ( les premières transcriptions datent du début du XIX° siècle, mais les histoires se transmettait oralement depuis des siècles, donc peuvent être beaucoup plus anciennes. En tout cas celle de Vassilissa est supposé se passer aux alentours de l'an mil et du règle de Vladimir I°, authentique roi de Kiev qui est à l'histoire de la Russie un peu ce que Charlemagne est à celle de France)
Mais impossible de trouver les sources complètes, et je n'ai pas le niveau pour aller lire de la poésie épique directement en Russe. Dommage.
A défaut, j'ai quand même pu caser Vassilissa l'astucieuse et Maria la guerrière.


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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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